LE BOEUF ET LE PIRANHA

LE BŒUF ET LE PIRANHA

Un piranha pansu rêvassait au courant

Quand un bœuf, lourd et lent, vint y tremper la patte.

La question se posa de façon délicate

De savoir s’il dut mordre ou put prendre son temps.

La proie semblait facile mais bien trop près du bord ;

Le premier coup de dent entamerait le cuir

Mais le bovin, surpris, se hâterait de fuir

Le laissant, affamé, malgré tous ses efforts.

Il lui fallait guetter le moment plus propice

Où l’herbivore aurait au moins mi-corps dans l’eau.

Le cornu, lentement, s’emplissait le tonneau,

Les minutes passaient, augmentant le supplice,

Le poisson, languissant, ne le quittait des yeux.

Le bonheur éclata aux tréfonds des écailles

Quand l’énorme animal, sous un ciel de broussailles,

S’enfonça à demi dans l’humide milieu.

D’un coup de queue rageur et le sourire aux dents,

Le vorace, aveuglé par son désir fiévreux,

Rêvant filet de bœuf, trouva filet de nœuds…

Le pêcheur qui, dans l’ombre, attendait cet instant,

Tira sur la berge le piège malicieux,

Donna double fourrage au buveur, son appât,

Et, s’éloignant heureux vers le lieu du repas,

Emporta sur son dos le poisson délicieux.

Un piranha pansu marinait au bouillon…

Alain VARLET

LA NUIT, TOUS LES CHATS…

La nuit, tous les chats …

Une boule de nerfs

Dans un gant de velours ;

Un regard, un mystère,

Et la fierté autour ;

Tel un dieu solitaire

Aux grands yeux d’émeraude ;

Quelquefois sédentaire,

Souvent tueur qui rôde ;

Noir et superstitieux

Ou faisant patte blanche ;

Blotti au coin du feu

Ou tapi sous les branches ;

C’est l’envie qui aiguise

Ton appétit féroce

Et, quand la nuit te grise,

Te voilà Carabosse.

Alain VARLET

LA MEDUSE

LA MEDUSE

Je suis un amer naufragé sur une mer démontée,

Je n’ai pour seul horizon de ne pas perdre la raison.

Abandonné sur un radeau, mort, assoiffé, entre deux eaux,

Je porte haut mon infortune sur mon bateau de fortune.

Je vis un drame tout éveillé, mes amis rament à mes côtés,

Mon vague à l’âme prend l’eau dans le tableau de Géricault…

Voilà des jours que je dérive, l’espoir toujours qu’on y arrive,

Et l’on devine sur mon visage l’attente ultime d’un doux rivage.

Pendant que sombrent mes idées sombres, la mort m’inonde comme une ombre.

Pensées  à Elle et à ma mère dans ma bouteille à la mer …

Après le choc et la tempête, tout s’entrechoque  là dans ma tête :

Manger le cuir de mon chapeau ou oser cuire le matelot ?

Alain VARLET

L’ABBAYE DE VAUCELLES

L’ABBAYE DE VAUCELLES

… des Moines au Patrimoine

Dans les Hauts du pays, se dresse une Abbaye

Hors norme par la taille et par tous les détails

D’une restauration patiemment accomplie ;

Un Haut-lieu où passer, comme un passe-muraille,

D’agréables instants dans un décor sans bruit,

Offrant la garantie de superbes trouvailles.

Un lieu où l’on médite et qui vaut la visite

Par les nombreux aspects de son site classé,

Monument Historique où très souvent s’abritent

De beaux événements, nombreux et variés ;

Il y en a pour tous, sans rite et sans élite,

Cadre qui se mérite et qu’on n’oublie jamais.

Pas très loin de Cambrai, debout tel un miracle,

L’Abbaye séculaire offre de beaux spectacles :

Fête de Saint-Hubert et Orchidées sublimes,

Ateliers et concerts, expositions en prime.

Il reste un grand mystère et le plus beau, je crois,

C’est l’oubli de l’austère en cet écrin de choix.

Alain VARLET

RONCQ, le 11 octobre 2018

Actualité oblige…

PQ

On s’attendait au pire

Voire même à en chier,

Le fond en ligne de mire,

Pour sortir, des papiers.

Une page se tournait,

On s’avouait vaincu,

Même au supermarché

On se faisait dessus.

On était dans la merde

Et toute envie coupée,

Juste avant qu’on ne perde

Tout brin d’humanité.

On se claquait la trogne

Pour une feuille de PQ…

Et le « roi » sur son trône

Redevint peigne-cul.

Alain VARLET

DU VAGUE A L’ANE

DU VAGUE A L’ANE

Tu me dis bête comme mes pieds,  je suis têtu et je l’admets

Mais je ne porte pas le bonnet que tes notes te rapportaient.

Tu me fais tourner en bourrique à transporter blé et barriques,

Après mes ânées de labeur, mon avoinée fait mon quatre-heures.

Depuis DAUDET, en mule du Pape,  on me connait peu diplomate,

Quand j’ai l’échine qui me gratte, je rechigne d’un coup de patte.

Je suis le bedeau de l’évêque ou MED HONDO, ami de SHREK,

Ne me révèle pas revêche quand je veille dans la crèche.

LA FONTAINE a beaucoup écrit sur mes peines, les coups et cris

Qui dosaient  nos durs rapports dans les efforts de mes transports.

Dans le récit de BURIDAN, tu me décris très hésitant,

Je ne pourrai, en le niant, que pousser un tendre Hi-Han.

On me dit fort comme Hercule et franc que lorsque je recule,

Je suis borné, pas très malin et prénommé souvent Martin.

On crie haro sur le baudet,  je suis un héros démodé

Qui a pas mal de détracteurs parmi les fanas du tracteur.

J’irai au bout de mon histoire et finirai à l’abattoir,

Dernier repos, à bout de forces, dans la peau d’un saucisson Corse.

Alain VARLET

LE COCHON DINGUE

LE COCHON DINGUE

C’est l’histoire d’un Cochon dingue

Qui aimait trop les Hamsters-dames ;

Les caresser dans le sens du poil,

C’était son seul violon d’Ingres.

Il connaissait tous les bastringues

De Singapour à Amsterdam.

Toujours tiré à quatre épingles

Il labourait le macadam…

Il était du genre bilingue,

Vrai boute-en- train; tout jeu, tout flamme…

Il mettait son corps à l’ouvrage

En pratiquant le brigandage.

Il se donnait franco de porc,

Que ce soit de l’art ou du cochon,

Il était bien sous tous rapports

Et  pousser bien loin son bouchon.

Il était souvent à quatre pattes

Dans les litières des alentours,

Un grand malade, un psychopathe,

Toujours en quête de l’amour.

Il honora toutes ses conquêtes

Avec vigueur et expérience

Jusqu’à ce jour où, c’est bien bête,

Dans un labo, pour la science…

C’était l’histoire d’un cochon dingue,

Mort pour un dernier petit coup… de seringue…

Alain VARLET

JE ROULE SUR LA RESERVE

JE ROULE SUR LA RESERVE…

Des pistes africaines au Palais des Radjahs,

Je balance ma dégaine jusqu’ à l’Ile de Java.

Je roule sur la réserve, simple question de défense,

Ma survie me préserve tout juste un rien de chance.

On me juge fier et fort mais dans ma tour d’ivoire

J’use mes derniers efforts à manger et à boire.

On me dit solitaire mais souvent on se trompe

Car c’est longtemps ma mère qui me prêta  son ombre.

Après que l’on s’étonne de ne plus peser sur  Terre,

On en fera des tonnes de mon allure altière.

Mon cimetière est  plein de vos bons sentiments.

Si vous aviez, au moins, une mémoire d’éléphant…

Alain VARLET

L’EPHEMERE N’A PAS DE RIDES

L’EPHEMERE N’A PAS DE RIDES

Une ride sur l’eau,  la brise dans les roseaux,

J’aime ces instants fugaces où tout est bien en place ;

Un bonheur transitoire avant l’orage du soir,

Une vie d’éphémère intense et temporaire.

On s’agite en surface,  la truite est sur ma trace,

Il me faut prendre fuite, je dois tout faire très vite.

Je vis au minima, le temps se joue de moi,

Un jour pour des années, sitôt né, condamné ;

Scénario d’une page d’un film de court-métrage,

Ma fin déjà écrite, moi, je pense à la suite :

Trouver mon âme-sœur en même pas une heure,

Et lui faire sa fête… Ah ! Si j’avais internet !

Alain VARLET

LA DEMOISELLE DU MEKONG

J’ai obtenu le 4 mars 2020 le 3ème prix au concours de poésie organisé par la ville de WAMBRECHIES (Hauts de France)

Le thème et les contraintes :

  • Le sujet : AU FIL DE L’EAU 
  •  10 mots imposés à inclure obligatoirement dans le texte : – AQUARELLEA VAU-L’EAU ENGLOUTIRFLUIDEMANGROVEOASISONDEEPLOUFRUISSELER SPITANT

Ma solution :

LA DEMOISELLE DU MEKONG*

Fleuve des neuf dragons en méandres et tourbes,

On le nomme Mékong au détour de ses courbes,

Il est fils du Qinghai et des ondées d’été,

Puisse l’homme au travail le laisser ruisseler

Son décor d’aquarelle orné de jade et d’or

Offre à la demoiselle asile et réconfort ;

Et s’il part à vau-l’eau dès le printemps spitant,

Il n’a, pour seuls fardeaux, que les marchés flottants.

Tapie dans la mangrove, en Asie du Sud-Est,

En survie, je me love en ces eaux qu’il me reste ;

J’avais une vie fluide en ma course au delta,

J’aimais la zone humide où le riz aux éclats.

J’ai dû quitter la rive au profit des rizières,     

Et voici que j’arrive au terme de l’enfer ;

Mon dernier oasis n’est plus qu’industriel

Mais ainsi je résiste à la montée du sel.

Et mon sombre destin, si près à aboutir,

N’est plus qu’un intestin si prompt à m’engloutir ;

On m’avait bien prédit l’horreur de la malbouffe,

Suis devenu « produit » sans pouvoir dire : –Plouf !-.

Alain VARLET

* La « demoiselle du Mékong » est le nom donné aux crevettes qui peuplent ce fleuve majestueux et nourricier. Le delta du Mékong, dans le sud du Vietnam, est l’une des régions au monde les plus menacées par le changement climatique. 19 millions d’habitants y vivent. La montée du niveau de la mer touche les rizières, ce qui contraint les agriculteurs à passer du riz aux crevettes !