AE1906 NOTRE DAME A PERDU SA FLÈCHE

Notre-Dame a perdu sa flèche

La grande Dame était là, majestueuse,

Le dard de sa flèche pointé vers le ciel pour avertir les pécheurs de se tenir droit devant le maître ;

Ou cette flèche ne faisait que montrer le chemin au pauvre pécheur…

Ou elle ouvrait la voie de notre futur de mortel.

En tous cas,

elle était là,

puis la pointe érigée vers l’Éternel a noirci, fondu et chuté.

Qui va montrer le droit chemin au peuple ?

Vite, il faut la reconstruire pour ne pas que le peuple s’égare.

Il faut qu’elle soit identique, car on attend de cette sacrée Madame qu’elle soit là…

Le trou béant sur les selfies à côté des visages béats serait impardonnable à la grandeur de sa réputation.

On vient du Japon pour elle…

Oui, mais

Un jour, il y a eu des dinosaures, …

Un jour, J’ai gazouillé des areu areu, …

Un jour, j’ai perdu mon gant préféré.

Il y a eu, il y a et il y aura.

Le temps passe, le temps efface…

L’homme passe, fait, défait, refait…

Toute surface garde les traces de sa vie : l’oreille de mon ours en peluche est brûlé d’avoir été trop près de la lampe de chevet, mon visage se ride, le cuir de mon sac préféré est patiné.

Mon ours en peluche va sans doute finir de perdre ses poils, ses coutures vont lâcher… Mon visage se ridera de plus en plus et le cuir de mon sac se trouera du poids de mes affaires et de celui du temps.

Souvenirs mélancoliques et fascinants du temps qui passe… C’est beau, cette marque du temps qui se posent sur les surfaces de ce qui fait notre vie, pour montrer le temps qu’on partage ensemble…

Alors, je me demande :

Et si on laissait ce vide pour se souvenir de cette flèche si longtemps vénérée et qui mérite qu’on ne l’oublie pas…

Célia Bernez

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (VI)

           Voyage de rêve

Un cri de loin « Attends, j’arrive… »

Un grognement tout près : « J’en ai marre d’attendre, moi… On va le rater… »

Encore une fois, le temps semblait s’être arrêté, comme à chacune de ses attentes. 

Assis sur une grosse pierre, le regard dans le vide, il s’imaginait loin déjà.

S’en aller, voir un autre pays, découvrir ses richesses, sentir ses odeurs, s’étonner de ses couleurs…

Mâchouillant son noyau d’abricot, il sentait déjà les goûts nouveaux qui titilleraient sa bouche, ceux qui agresseraient sa langue ou ceux qui charmeraient son palais.

Le soleil tape. Ses rayons brûlants le transportent dans le désert de l’Arizona. Il se faufile entre les cactus, évite de justesse les scorpions cachés dans le sable, le dard dangereusement dressé, et les serpents assoupis absorbant la chaleur qui devient insoutenable. Un coyote aux aguets, là-bas. L’air affamé, il observe, avide, à la recherche de sa prochaine proie. Un vautour fait de grands cercles dans le ciel.

La sueur perle déjà sur son front. Le regard hagard, troublé par la chaleur, il cherche le sentier. Il a disparu. Panique…

Frisson. Un nuage cachant soudain le soleil amène la fraîcheur. Le voilà happé en Grèce. Au beau milieu d’une maison taillée dans la roche, il observe les traces des troglodytes jonchant le logis. Le sol lui semble glacé, tout est si sombre : il tressaille. Comment peut-on vivre ici ? Les livres ne le disent pas… Nouvelle vague de tiédeur.

Le soleil reparaît, une brise s’est levée : elle l’emmène en Espagne, en bord de mer. Agréable. Il entend les mouettes et le roulis des vagues. Sans se soucier des rires moqueurs des volatiles, d’une force prodigieuse, elles claquent, effraient et repartent, la morgue insolente de la puissance. De la cheminée d’un bateau au loin sort une épaisse fumée, de beaux nuages cotonneux se forment, se déforment… et se reforment ? Non, le vent s’est levé : il les étire, il les perce et les disperse. Grand ciel bleu.

Bleu comme le plafond du train indien, assis sur un banc, serré entre deux hommes, il se sent sué. Un des hommes porte un turban, c’est un Sikh et l’autre, les lèvres rougies par le bétel qu’il mâche rit et parle à voix forte. Tout n’est que rumeur, grincements, humidité, cahots et chaleur, chaleur intense.

Le soleil répand ses rayons : retour en Arizona (où est le coyote ?), retour sur sa grosse pierre (où est-elle ?).

Un grognement tout près : « J’en ai marre d’attendre, moi… On va le rater… »

Un cri de loin « Attends, j’arrive… »

Dans un souffle, elle lui tire le bras, il monte dans le bus qu’ils n’ont pas raté et elle ouvre son grand atlas. Le voyage continue…

CELIA BERNEZ

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (V)

Une petite histoire

La pluie a commencé à 13 heures. Elle était très forte avec beaucoup de vent, Louna n’avait jamais fait l’expérience d’une pluie comme ­­celle-là. Mais en même temps, elle n’avait jamais été sur l’océan atlantique, donc elle ne connaissait pas la vraie force de la mer. Il y avait beaucoup de premières depuis qu’elle avait commencé cette croisière dans les Caraïbes. Pour Louna, c’était le premier voyage sans ses parents. Et la première fois sur un bateau aussi. Au début, elle a eu peur d’être toute seule sur ce monstre d’acier. Mais trois jours plus tard, la peur était oubliée et elle se sentait à l’aise sur ce grand bateau. Elle aimait sa chambre mignonne et encore plus la vue sur l’océan.

Le voyage était un cadeau de ses parents pour son anniversaire. « Il faut découvrir le monde avant qu’il soit trop tard », ont-ils dit. Donc, ce jour-là, elle découvrait le bateau et deux jours plus tard, elle découvrirait les Caraïbes. Normalement, elle aimait se promener sur le pont, mais ce jour-là, la pluie était trop forte. Alors, elle a décidé de manger quelque chose. Louna a choisi des nouilles et une salade de fruits. Vingt minutes plus tard, elle regrettait déjà son choix. La salade n’était pas bonne avec son mélange de melon, de banane, de raisins et d’abricot. Quel fou met des abricots dans une salade de fruits ?

Déçue de ce repas, elle a voulu retourner dans sa chambre. Il pleuvait encore, donc Louna se préparait à lire un livre tout l’après-midi. Soudain, alors qu’elle était en train d’ouvrir sa porte, une voix d’homme a crié : « Madame ! Madame ! S’il vous plaît, il faut que vous m’aidiez ! »

Louna a été stupéfaite lorsqu’elle a vu le possesseur de la voix : c’était un homme d’environ trente cinq ans avec des cheveux blonds et une barbe de trois jours. Il portait des lunettes de soleil bien que le couloir ne soit pas assez illuminé pour ça et aussi, une chemise bleue avec un pantalon blanc et court. Maintenant, il s’approchait de Louna directement.

« Qu’est-ce que vous voulez ? » a demandé Louna, encore incapable de bouger.

« Pardonnez-moi de vous déranger, Madame, mais j’ai besoin d‘un conseil féminin. », a répondu l’homme d’une voix profonde. 

« Un conseil féminin ? Ça veut dire quoi ?»

« Je vous expliquerai. Mais je pense qu’un couloir comme ici n’est pas le bon endroit pour ça. Donc, voulez-vous boire un café avec moi ? » Il n’avait pas l’air menaçant, il semblait plutôt pensif et affecté.

Stupéfaite, Louna a accepté : « Oui, … pourquoi pas. »

Heureusement, le café était meilleur que la salade de fruits. Quand elle a commencé ce voyage, elle n’aurait jamais pu imaginer boire un café au lait avec un homme complètement inconnu. Encore une première pour la jeune Louna. Elle a regardé cet homme encore une fois. Il regardait au loin et paraissait penser intensément. Il était stressé et nerveux.

« Donc, pour rester poli, je veux me présenter un peu avant de vous demander un truc assez important. », dit-il quelques instants plus tard avec un grand sourire. « Je m’appelle Antoine et je viens de Montpellier. Normalement, je travaille beaucoup et n’ai pas le temps de voyager surtout si longtemps. Mais c’était l’idée de ma femme de visiter les Caraïbes. »

Sa femme, pensa-t-elle. Il était marié. Alors, qu’est-ce qu’il veut de moi ?

« Jusqu’ici, ce voyage est assez ennuyeux. » Antoine continua. « On ne peut rien faire sur ce bateau à l’exception de manger et de regarder la mer. Et s’il pleut comme maintenant, on ne peut même pas faire le deuxième. J’espère que ça changera quand nous arriverons à Haïti. » Il s’est arrêté un moment. « Oh pardon, je parle sans arrêt. Comment s’appelle la belle fille qui se trouve en face de moi ? »

Au début Louna ne réalisa pas qu’il parlait d’elle. Nerveuse, elle bégaya « Oh, j-je m’appelle Louna. Je viens de Lyon et je suis étudiante. Ce voyage, c’est le premier sans mes parents. » Pourquoi tu as dit ça, Louna ?

« Oh là là, donc c’est un voyage assez spécial pour toi. », dit Antoine.

« Oui, c’est vrai. »

« Ben, Louna, j’ai besoin de ton aide. Je vais t’expliquer un plan qui est dans ma tête depuis quelques temps et je voudrai écouter ton opinion. »

Avec incrédulité et une stupéfaction grandissante Louna écouta le plan de Antoine. C’était incroyable. Encore une première ! 

TOBIAS BARKE

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITE DE MAGDEBOURG (IV)

        

    

       

Le jour où je suis parti avec un panda

          C’était un jour quelconque où il faisait chaud ou froid, beau ou mauvais, mais soudain il était là. Un panda est assis devant la porte en or de mon hôtel trois étoiles et demi où j’habitais depuis 37 ans seul avec mes poissons rouges, Poisson et Rouge.

          Qu’elle qu’en soit la raison, cette situation a semblé non seulement particulière, mais aussi étrange étant donné que le panda savait parler. Il s’est présenté avec un accent sud-est-ouest. La rencontre m’a étonné bien que, à vrai dire, j’aie des conversations souvent avec les poissons rouges et parfois avec moi-même. Pourquoi ai-je tenté d’ouvrir la porte ? En effet, même le facteur ne ressentait pas ce bonheur et chaque fois que l’huissier demandait sa chance, les poissons que j’avais entraînés à avoir l’air de chiens de combat pouvaient l’effrayer.

          Ainsi, je n’avais aucune compétence sociale, donc je me suis décidé à la salutation chaleureuse en le dévisageant sans mot dire. Le panda a compris ma réponse en entrant dans l’hôtel. Il s’est assis sur le canapé en bois d’abricot. Ensuite, il a pris un livre dans une corbeille de roses que je n’avais pas remarqué jusque-là. 

          Comme j’étais expert de n’importe quoi avec économie et média, bien sûr, je ne connaissais pas du tout le livre « Comment l’humanité détruit l’humanité ». Toutefois, comme expert, je savais comment cacher mon ignorance pendant que le panda me faisait un exposé de quatre heures dont même les témoins de Jéhovah auraient été impressionnés. Après avoir écouté le sujet pendant deux heures, j’ai déjà décidé de faire mon prochain voyage d’affaires en Islande en utilisant une boîte comme bateau à la place d’un avion. Et après encore une heure sur la question « Pourquoi est ma vie quotidienne dommageable à l’environnement ? », j’ai reçu quelques conseils sur l’organisation de mes vêtements dans la chambre et la disposition des légumes dans le réfrigérateur. Quel plaisir de savoir comment je pouvais sauver la planète si facilement !

          Avant que je puisse penser à d’autres idées géniales, j’ai pris conscience de la situation bizarre. Malheureusement, il était trop tard pour apprendre l’opinion de Poisson et Rouge, même s’ils travaillaient comme avocat et président du Parti Animaliste. Mais à ce moment-là, la situation semblait désespérée et je devais continuer la conversation avec le panda. Apparemment, cette créature animale avait l’intention de changer toute ma façon de vivre, dont j’étais si convaincu. J’étais en train de lui demander de quitter la maison pour que je puisse jouir de la solitude pour encore 42 ans, quand il m’a révélé ses capacités artistiques en commençant à chanter et à sauter.

          Avec l’image encore sous mes yeux et avec un panda en peluche froissé dans mes bras, je suis finalement arrivé à éteindre le réveil. Après avoir pris le petit-déjeuner français composé d’un gâteau et du café, Poisson et Rouge m’attendaient déjà. Les deux portaient une valise sur le dos.

          Ce qui me restait encore, c’était de fermer d’abord la porte en or, puis celle en argent et ensuite la dernière en bronze. Enfin, nous sommes partis de l’hôtel ensemble au coucher du soleil.

SELINA MERTGEN

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (III)

Le fruit interdit

Dans cette histoire je vous raconterai ce que vous n’avez jamais entendu. Un récit qui se transmet de génération en génération et qui provoque une agitation totale ! Je vous promets que la seule chose que vous ressentirez, c’est la faim, la faim d’en savoir plus….

Tout remonte à l’âge des ténèbres du monde où l’humanité a perdu le sens de la vie. Dans cet environnement, les émotions ont été mises de côté à tel point qu’elles sont considérées comme un péché capital. Les cœurs humains ont pris la forme de trous noirs qui absorbent et répriment rapidement toute connexion émotionnelle. Les yeux qui étaient autrefois la porte vers la partie la plus profonde de l’âme sont devenus froids et secs. La bouche qui servait autrefois à exprimer notre attachement inconditionnel est devenue pierre. Bien qu’il y ait encore des frères et sœurs qui partagent le même sang, ils ne se considèrent plus que comme des connaissances qui ont eu la chance d’être nées de la même mère. Le fait de procréer est passé d’un désir paternel à un simple besoin d’héritage. L’homme a évolué à la recherche de la vérité absolue où la logique règne dictatorialement sur chaque esprit humain. À cette époque, tous les noms personnels ont été complètement oubliés et remplacés par des mots qui font référence à leur travail. C’est très fréquent de rencontrer des messieurs qui s’appellent “Monsieur Voiture”, “Monsieur Train” et “Monsieur Bateau”.

Cependant, un jour, l’inattendu est arrivé. Dans la ville la plus peuplée et réglée du monde, un jeune homme aveugle et sourd a commencé à contester les règles établies par la société. Il avait le coeur le plus grand et noble qui n’ait jamais existé. Malgré l’absence de vision, il pouvait vraiment voir à travers les personnes qui l’entouraient. Même sans connaître le son, il pouvait comprendre la douleur et le bonheur de chacun. C’était une personne physiquement petite, mais d’un grand esprit. Son apparence était très spéciale en soi, car il avait un visage complètement rond avec un long nez mince. En plus, il n’avait pas de cheveux et il était pâle comme la neige en hiver. Mais ce qui ressortait le plus de lui, c’étaient ses lèvres rouges et charnues. Toute son enfance avait souffert d’incompréhension et d’indifférence, mais ça ne l’a jamais empêché d’exprimer ce qu’il ressentait. Tout au long de sa vie, il n’avait qu’un seul but à remplir, être aimé.

Un matin froid et neigeux alors qu’il marchait le long de la rivière, il a été surpris par une créature géante. Un chien moitié noir et blanc creusait dans le sol humide et doux au toucher juste à côté de la rivière. Sans peur, il a abordé l’animal et a commencé à l’aider. Après 5 minutes à creuser la terre, il est tombé sur un objet très étrange. C’était extrêmement lourd et petit, de forme rectangulaire. En frottant ses mains contre la surface, il s’est rendu compte qu’il était sculpté en bois et qu’y était inscrit un texte en majuscules :

                                     “N’OUVREZ PAS SAUF SI….”

Sans comprendre pleinement ce que ces mots signifiaient, il s’est relevé avec la boîte et l’a ouvert en un clin d’œil. À l’intérieur, il n’y avait qu’une seule graine ovale semblable à un noyau d’abricot.

Depuis ce jour, personne n’a plus jamais entendu parler de lui. En même temps, un arbre en forme de cœur a commencé à germer juste à côté de la rivière. Il était si grand et si bouleversant qu’il semblait avoir sa propre vie. Couvert de centaines de pétales de fleurs de toutes sortes en émanait une odeur douce et hypnotique. Et comme un aimant géant, tous les gens fascinés ont commencé à se rassembler autour de lui. Mais, comme il était venu au monde, un jour, l’arbre merveilleux qui avait volé l’attention de la civilisation, a disparu sans laisser de trace. Et pour la première fois depuis des milliers d’années, l’humanité a ressenti de la douleur et de la tristesse.

ALEJANDRO

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (II)

La rencontre

Quatre heures. Encore une heure.

Je regarde par la fenêtre, le soleil brille. Les hommes et les voitures sont minuscules, on dirait une fourmilière agitée sans but. Personne ne se trouve sur les toitures de la ville. J’effleure la table d’un stylo-bille blanc et abricot d’un air absent.

« Au travail, tout le monde ! », crie le chef avec une mèche grasse sur son front. Il a rougi de colère. « Qui ne finit pas sa tâche, doit faire des heures supplémentaires ! Le projet doit être fini à minuit, c’est la date butoir ! Nous ne décevrons pas nos clients, compris ?! »

Je soupire. Est-ce la même personne qui m’a impressionné et inspiré au début de ma carrière ? Pas réellement. Les conditions de travail ont aussi changé depuis longtemps. Je suis fatigué de travailler ici. Qu’est-ce qui me retient dans cette entreprise ? Elle est comme un bateau duquel on ne peut pas échapper parce qu’il serait au milieu de la mer. Malheureusement, je n’ai pas le temps de réfléchir, car il faut travailler…

Je me consacre donc à mon ordinateur, quand tout à coup, je découvre un petit chat sous ma table. Son poil est tout noir. J’ai impression qu’il me regarde d’un air entendu. Comme c’est bizarre, les animaux ne sont pas permis dans cet immeuble. Comme si le chat entendait ma pensée, il se glisse furtivement dehors. Tout à coup, un raisonnement intéressant m’effleure : le chat s’est opposé aux règles sans être puni, donc pourquoi pas moi? Mû par une impulsion soudaine, je le suis.

Dans le couloir, le chat se retourne (dans ma tête, je l’appelle Gérard). Il m’a attendu ! Nous courons sans que personne ne nous voie, puis nous descendons par l’ascenseur. En fait, je ne peux pas croire ce que je suis en train de faire : fuir avec un chat pendant mon temps de travail avant une date butoir si importante pour l’entreprise. Suis-je fou ? Sans doute, mais je me sens bien ! Un sentiment de liberté et de joie de vivre m’envahit.

Rez-de-chaussée. Nous sortons du building, mais la circulation d’une grande ville est intense. Des voitures, bus et camions roulent bruyamment dans les rues. J’aspire les gaz d’échappement et je tousse. Oh, où est Gérard ? Je ne le vois plus ! C’est seulement un chat étranger, mais je suis pris de panique. Ce chat est devenu une sorte de nouvelle constante dans ma vie pendant ces dernières minutes.

« Miaou ! », entends-je juste au coin de la rue. Vraiment soulagé, je cours derrière lui, mais Gérard est très rapide. Je ne suis plus aussi en forme que dans mon adolescence. Cependant, dès que je me repose un peu, Gérard m’attend de loin, patiemment. Ensuite, nous continuons notre voyage.

Je n’ai aucune idée d’où nous allons. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été si spontané. Ce n’est pas par hasard que nous nous sommes rencontrés aujourd’hui, n’est-ce pas ? Où va-t-il me mener ? Vraiment fascinante, cette aventure !

Nous nous baladons dans les parcs de la ville, nous traversons des rues (même au feu rouge), sautons au-dessus les flaques de la dernière pluie, mais nous ne nous arrêtons jamais. Le chat est toujours loin devant moi et pourtant, je ne le perds pas de vue.

« L’entrée en gare du train est imminente. », annonce une voix féminine. Ah, nous sommes à la gare centrale. Je me concentrais seulement sur Gérard si bien que je n’ai pas fait attention à où nous allions. Étourdi, je le suis encore. Mes yeux et pieds le suivent, mais dans ma tête, je repasse toutes les décisions que j’ai prises dans ma vie.

Tout à trac, Gérard s’arrête. Avec étonnement, je réalise que nous sommes au marché aux poissons devant la plage. Je m’esclaffe. Gérard est un simple chat, pas mon oracle. Qu’est-ce que j’espérais ? Je lui achète un poisson et nous rentrons ensemble à nos quotidiens.

THAN HA

ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (I)

L’oubli

Une courte histoire

Il faisait chaud. J’étais assis dans mon fauteuil. J’étais épuisé. Je pensais à la journée de travail et je m’énervais. « À quoi pensent-ils, ces gens ?! », me demandais-je. Un client m’avait demandé si ça serait possible de se faire rembourser des articles. Quand j’avais répondu que bien sûr, ce serait possible, il m’avait donné des choses qui avaient au moins cinq ans. Naturellement, j’avais refusé de les accepter, donc, à ce moment-là, il y a eu une dispute. Un jour, je quitterai cet emploi ! Je commençais à me calmer. Tout à coup, j’ai réalisé que j’avais oublié quelque chose. Mais quoi ? « Ma mère ! », me suis-je exclamé. Je lui avais promis de faire les courses avec elle, on s’était mis d’accord pour se retrouver à la gare en ville. Ma mère habitait dans une résidence. À cause de la vieillesse, elle était souvent un peu perdue, elle ne savait plus tout ce qui se passait. C’était vraiment important qu’elle ne soit jamais seule, ce pourrait être dangereux pour elle ! Je stressais. L’heure du rendez-vous était il y a 2 heures. Je m’étais arrangé pour que les employés de la résidence l’amènent à la gare où je la rejoindrais. Qu’est-ce que je devais faire ? J’ai téléphoné à la résidence. Quelqu’un que je ne connaissais pas a répondu.

« Bonjour, comment puis-je vous aider ? »

« Je cherche ma mère… L’avez-vous amenée à la gare ? Savez-vous si elle est déjà là-bas ? »

« Calmez-vous, s’il vous plaît. Je suis sûr qu’elle va bien. J’ai besoin de votre nom. »

« C’est Dupont. Ma mère est Maria Dupont. Je vous ai demandé de l’amener à la gare. L’avez-vous fait ? »

« Un moment, je vais demander au conducteur. »

Tandis que j’attendais, un frisson m’a parcouru le long de la colonne vertébrale, malgré la chaleur.

« Le conducteur l’a déposée il y a deux heures. Il m’a dit que vous vouliez la retrouver là. » a-t-il dit un peu impatientent.

« Il l’a laissée seule? »

« Oui, votre mère était sûre que vous seriez bientôt là. »

« Mais elle est sénile ! On ne doit pas la laisser seule ! »

« Monsieur, ce n’est pas notre responsabilité, pourquoi n’êtes-vous pas, d’ailleurs, avec votre mère maintenant ? »

Il était vrai. Je devrais être là. « J’y vais tout de suite ! », ai-je dit et dans la foulée, j’ai raccroché.  J’ai cherché la clé de ma voiture. Elle n’était ni sur la table, ni dans la cuisine. J’ai couru dans ma chambre. « Ce n’est pas possible, ça ! Pourquoi maintenant ?! » me suis-je exclamé. J’ai jeté le pull qui était sur la chaise près de mon lit sur le sol. Rien ! Tout à coup, je me suis souvenu que la clé était dans ma poche de pantalon pendant tout ce temps ! En route vers la gare, j’essayais de décolérer. « Ce n’est pas un problème, assurément elle m’attend. Peut-être qu’elle s’est déjà acheté quelque chose à manger. » me disais-je, mais je ne pouvais pas me rassurer. Avec ma mère, ce n’était pas la question de savoir si elle voulait ou pourrait faire quelque chose qui posait des difficultés, mais elle oubliait simplement ce qu’elle devait faire quelle que soit la situation. Quand je suis arrivé à la gare, j’ai cherché un employé. Heureusement, ma mère portait toujours son anorak abricot, donc il ne devait pas être difficile de trouver quelqu’un qui l’avait vue. Après avoir interrogé plusieurs employés, j’ai parlé avec un jeune homme qui m’a dit qu’il avait vu ma mère entrer dans un train, mais il ne pouvait pas se souvenir de quel train. Zut ! Elle pourrait être partout ! Pourquoi était-elle montée dans le train ? Ça n’avait pas de sens. Je devais trouver rapidement où elle était allée. Je me souvenais que souvent quand ma mère était perdue dans une situation, elle se souvenait des choses de sa jeunesse, et elle avait dit plusieurs reprises qu’elle rêvait de simplement prendre le prochain train en direction de la mer. Ce devait être ce qu’elle avait fait ! J’ai acheté un ticket pour la suivre. Le train était vraiment plein et à cause de la chaleur, l’air était une horreur. Le voyage semblait durer une éternité. En arrivant sur la côte, j’ai couru à la plage. Rien. Mais si, l’anorak orange était là sur le sable. Mais pas ma mère. Elle était probablement allée nager, quel risque à son âge ! Je me déshabillais et entrais dans la mer. En cherchant les cheveux blancs de ma mère, je commençais à nager. C’était très difficile de voir quelque chose avec les grands vagues. Et les vagues grandissaient. Le vent se renforçait. Quand j’ai entendu le premier coup de tonnerre, je me suis retourné. Je ne pouvais plus voir ni côte ni bateaux.

TIM FAASCH

nouvelle rubrique : « ECHANGE AVEC… »

Pour sa deuxième année d’existence, notre association continue d’entretenir des liens étroits et ludiques avec la Division de Français de l’Université de Magdebourg en Allemagne.

Sous la nouvelle rubrique « ECHANGE AVEC… », nous vous présentons les cinq textes de nos amis allemands qui ont participé au jeu des « trois mots identiques » cachés dans chaque nouvelle.

Alors plaisir du jeu et plaisir de lire de la prose de qualité…

A vos yeux !

JE ME PROMETS

JE ME PROMETS

Je me promets la lune,
De faire demain la une
Des journaux.
Pour sortir du bitume
J’affûterai ma plume
Et mes mots ;
Je remonterai mes manches,
Muterai les pages blanches
En joyaux,
Comme tout bon romancier
Sans cesse recommencerai-je
Le scénario.

Je couvrirai mes toiles
Des feux de mille étoiles
Tel Jean Cocteau ;
Tout comme Michel-Ange
J’inviterai des anges
Dans mes tableaux.
Je repeindrai la Terre
Sans pouvoir faire taire
Mes pinceaux ;
Raviverai le Monde
Pour que pour ma Joconde
Il soit beau.

Je serai alchimiste
Comme Chopin ou bien Liszt
Sur mon piano ;
Et en deux ou trois notes
Trouverai l’antidote
A tous nos maux.
Je forgerai des rimes,
Des chansons et des hymnes
Toujours nouveaux
Et je ferai fortune
En passant sur l’enclume
De vos bravos.

Alain VARLET

LE PETIT PINCE SANS RIRE

LE PETIT PINCE SANS RIRE

Dessus, sur mon panier, j’applaudis à la vie ;
Devrais me faire petit ; Cf. votre appétit … !
J’ai la peau pas très lisse, beaucoup de poil aux pattes,
Pourquoi donc tant de malice à vouloir me mettre en boite ?

Je vis sous mon rocher, difficile d’approcher
Sans que je me carapate au fond de ma casemate.
Timide et solitaire très souvent je me terre
Pour mieux vous empêchez de vouloir me pêcher.

Les soirs de grands naufrages, on me dit nécrophage
Mais à y regarder vous y êtes pour moitié :
Sur les plages et galets on me voit biaiser
Pour ne pas régaler ceux qui veulent m’empaler.

De mes yeux périscopes,
Je me vois misanthrope ;
Si je marche de côté,
C’est pour mieux t’éviter.

Mes carottes sont cuites au fond de la marmite,
Le bouquet est garni, le souper est servi.
Adieu la Paimpolaise ;
Bonjour, la mayonnaise !

Mais avant d’en finir, il ne faut bien te dire :
Ne compte pas sur tes doigts si j’en pince pour toi !

Alain VARLET