2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

CATEGORIE « ADULTES »

1er PRIX : Patrick UGUEN (Yvelines)

Désoriente express

Chaque matin, elle allait boire un café à la terrasse du Flore.

Bien sûr, ça n’était plus l’atmosphère effervescente et grave et légère qu’avaient dû connaître Sartre et Beauvoir et dont ses parents, lorsqu’elle était enfant et qu’ils lui offraient sur la terrasse un chocolat chaud et hebdomadaire, aimaient à lui transmettre tout l’enchantement. Le tourisme, l’artifice, ou bien l’arrogance, avaient depuis longtemps déchu le lieu de son piédestal de la pensée universelle. On y voyait pourtant, encore, parfois, rarement, au milieu des artistes frelatés s’imaginant, parce qu’ils s’étaient assis sur le même siège qu’un illustre intellectuel, qu’ils s’appropriaient son génie par je ne sais quelle pression osmotique et occulte de leur fessier commun, et au milieu des selfies des fans existentiels, de véritables esprits, souvent discrets, perpétuant, dans le geste rituel, lent ou frénétique, d’un stylo sur le papier, le mystérieux charme de l’écriture qui la fascinait tant.

Son époux fut un de ces esprits et ce fut l’élégance du geste de sa main tenant un stylo-plume qui la séduisit d’abord. A sa mort, elle était devenue mélancolique et oisive par excès de solitude. Son mari lui avait légué sa fortune et les souvenirs doux et douloureux de leur bel amour.

Ainsi, ce rendez-vous solitaire, matinal et quotidien, était tout ensemble un plaisir, un hommage et une preuve d’amour.

Ces derniers temps, une curiosité particulière rafraîchissait l’habitude et la retenait plus longtemps qu’à l’ordinaire à sa table. Un homme d’une cinquantaine d’année était apparu parmi la clientèle et, comme elle, semblait obéir à une liturgie mémorielle. Il s’installait toujours à la même table, toujours seul. Si elle était occupée, il patientait au comptoir. Il pouvait attendre longtemps. Les serveurs qui avaient remarqué son rituel lui réservaient la table dès qu’elle se libérait. Il prenait toujours la même chose : un café-crème avec deux croissants, et agissait toujours de même : tout en déjeunant – il ne mangeait qu’un seul des deux croissants – il sortait un carnet moleskine, écrivait quelques lignes – il avait de belles mains- puis s’en allait en laissant sur sa table, à côté du deuxième croissant, une rose.

Cet homme à l’étrange cérémonial l’intriguait. Ni les serveurs, ni les patrons ne savaient rien de lui. Il était apparu un matin, avait déposé auprès de sa monnaie et du croissant abandonné une rose. On l’avait rappelé pour lui signifier son oubli. Il les avait remerciés mais leur indiqua que tout était à sa place. Depuis, chaque matin, le Flore héritait d’une fleur.

Un matin, après qu’elle eut rêvé dans la nuit que son mari lui disait qu’il acceptait et qu’elle devait à nouveau vivre, elle se surprit, devant la glace de sa psyché à des gestes de coquetterie qu’elle avait depuis longtemps oubliés. L’élégance était pour elle une règle et une preuve d’estime de soi et de respect des autres. Mais ce matin-là, il ne s’agissait plus de bon goût, elle s’aperçut en rougissant que l’application qu’elle mettait à s’embellir avait un tout autre but : ce matin-là, elle désirait séduire. Troublée, honteuse, elle s’apprêtait à corriger cette affèterie, lorsqu’elle se ravisa. Et pourquoi pas ? Cet homme lui plaisait et tomber amoureuse, quand bien même d’aucuns dirait que ça n’était plus de son âge, était si délicieux ! Elle craignait de ne plus pouvoir plaire.

En sortant, elle ajusta sur ses cheveux gris son plus beau chapeau.

L’inconnu était là. Elle s’assit un peu à distance mais choisit une table se trouvant sur le chemin qu’il serait obligé de prendre pour s’en aller. Renverser un verre ? Laisser tomber un mouchoir, son livre ? Elle hésitait sur la stratégie à suivre, s’amusait de ses hésitations tout en y trouvant un adorable charme. Elle plaça son thé sur le rebord de sa table, tenta de masquer sa surveillance derrière la lecture distraite d’un livre. Il se leva enfin, elle se prépara à devenir maladroite mais l’homme s’approcha d’elle, souleva son chapeau, la salua :

  • Madame, à demain, j’espère.

Puis il s’en alla avant qu’elle n’ait pu esquisser un geste ou dire un mot. Elle se leva à son tour, heureuse, incrédule, se dirigea vers la desserte de la terrasse où le serveur venait de poser le soliflore contenant la rose : c’était une rose Pullman, au cœur jaune et aux bords des pétales comme des lèvres d’aquarelle rouge. Elle avait un parfum léger d’agrume.

Elle passa une journée merveilleuse. Elle connaissait de nouveau l’impatience et la satisfaction de plaire.

Les jours qui suivirent, il se contenta de lui parler sans s’asseoir à sa table. Elle n’osait l’y inviter. Les échanges peu à peu devenaient plus spontanés, plus intimes aussi. Elle en avait craint le badinage, leur profondeur l’intimidait. Chaque matin leur discussion prolongée retardait le moment où il rejoignait sa table sur laquelle il laissait toujours, après lui, le croissant et la rose. L’aimait-elle ? Elle n’osait se l’avouer mais elle ne pouvait taire son désir de devenir le fantôme à qui s’offraient ce croissant et cette rose. Qu’il était bon et difficile à la fois de souffrir à nouveau ! Il lui tardait qu’il l’invitât.

Et puis un matin, alors qu’il ne l’avait que saluée et qu’elle s’en était alarmée, après avoir bu son café, laissé le croissant, il vint vers elle et lui offrit la rose. Sa vue se brouilla, elle ne savait que dire, cherchait à retenir ses larmes et l’homme. Elle se leva, ébranla la table. Le thé se renversa.

  • Oh, pardon !
  • Non, ne vous excusez pas. C’est à moi de vous remercier. Cela fait si longtemps que je vis de souvenirs. Les roses ne sont pas faites pour les tombes. Me permettrez-vous bientôt de me joindre à votre table ?
  • Oui, répondit-elle avec une ardeur qui l’émut elle-même.
  • Merci. Passez une agréable journée.

Il s’en alla. Elle le suivit du regard. Elle vécut l’après-midi dans un adolescent ravissement, se rendit au cimetière, se confia à son mari. Elle se remémora ses dernières paroles. Elle ne devait pas vivre dans le culte de leur amour inachevé, trop tôt interrompu. Si, un jour, elle pensait ressentir cet émoi, alors qu’elle n’hésitât pas un seul instant.  Il mourait heureux de ce qu’ils avaient vécu et de la savoir déliée de lui.

Le lendemain, ils déjeunèrent ensemble.

Rapidement, la sincérité et la confiance de leurs relations autorisèrent les plus intimes confidences. Elle se permit donc de lui demander, après s’être ouvert sur le sien, les raisons de son si étrange et fidèle rituel. Elle apprit ainsi qu’à la mort de sa femme, il avait quitté Paris, tenté, ailleurs, de commencer une autre vie, en vain. Il lui avait fallu des années pour comprendre qu’il ne pourrait revivre qu’avec elle à ses côtés. Alors il était revenu. Son fantôme l’accompagnait : une présence amie, discrète. Il n’éprouvait plus le chagrin de son épouse puisqu’elle était toujours là et il pouvait, sans la trahir, s’émouvoir à nouveau. Il était prêt : elle était celle avec qui il souhaitait revenir parmi les vivants. Le voulait-elle ?

Elle répondit oui avec dans la voix un mélange d’exaltation, de scrupules et de mélancolie. La rose et le croissant ? Un souvenir de son voyage de noces : l’Orient express.

  • Vous savez, lui dit-il, depuis que je vous connais, Judith, je rêve de ma femme. Elle ne cesse dans mes songes de me répéter : « Va maintenant, quitte-moi. ». Hier, j’ai cru sentir ses lèvres, un baiser d’adieu. Vous avez pris toute la place.

Traverser l’Europe à bord de ce train était un de ses vieux rêves, de ceux qu’on pense savoir ne jamais pouvoir réaliser. Mais il le lui offrit. Le chef de wagon les prit en photo devant leur voiture juste avant l’embarquement ; ils avaient écrit, juvénilement, « Just married » sur leurs bagages.

Elle mourut entre Venise et Belgrade.

Après les obsèques, sur le buffet de son salon, il posa la photo prise sur le quai. Il en avait modifié l’inscription sur les bagages : « Just burried, 23.02.1954 / 12.05.2017 ». Cela l’avait amusé. Il rangea le dossier Judith Sylvain – il en avait fini avec elle – qui ceux d’Hortense Reigner et d’Oriane Houndjo ; un mariage tous les cinq ou dix, le temps de la dilapidation et de découvrir la prochaine proie. Il y avait tant d’argent à se faire. L’amour était un filon sous-exploité. Le coup de la rose fonctionnait à merveille. A quoi bon se priver ?

Bien qu’il n’en eût plus besoin avant longtemps, il poursuivait chaque matin sa fastidieuse revue de presse – dont il limitait la lecture à la rubrique nécrologique – en quête d’une affaire et continuait à tenir scrupuleusement son livre de compte : une fiche décès pour l’époux avec l’évaluation de son legs ; une fiche pour l’épouse. Et, comme il s’ennuyait déjà – l’oisiveté ne lui valait rien – il en explora quelques options. Une des veuves excita son intérêt : le mari était mort depuis longtemps ; elle vivait toujours seule. Elle devait être prête. Elle fréquentait la Coupole. Il se rendit le lendemain chez le fleuriste.

2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

CATÉGORIE « ADULTES »

2ème PRIX : Hervé BEGHIN (Nord)

                                                          CHER EDOUARD

Pour autant que je me souvienne, je ne faisais rien de particulier ce jour-là, comme les autres jours d’ailleurs. Je traînais donc mon ennui dans mon petit intérieur glacé. Je me souviens qu’au début, je m’y sentais vraiment à l’étroit mais, au fil du temps, j’ai eu la sensation que mon espace mortel et mon confort s’amélioraient. C’est ma famille qui s’est occupée, sans me demander mon avis, de me loger là, dans cet endroit sombre et parfaitement silencieux, dont je commence néanmoins à apprécier l’infinie sérénité. Car il est vrai que je n’y fais strictement rien, ni le jour, ni la nuit,  mais je le fais tellement bien.

J’ai oublié de me présenter ; je me nomme Edouard DEVREAU, et je suis mort en 1944 au cours de la bataille de Normandie. J’étais soldat dans la 2ème DB et je n’ai pas eu le temps de voir la tête d’un Fridolin que j’avais déjà reçu une balle de Mauser, tombée  malencontreusement amoureuse de mon casque et qui m’a traversé la tête à la façon d’une idée saugrenue, ce qui m’a définitivement convaincu du fait que l’on est réellement peu de chose sur la terre. Notez qu’en dessous, on n’est plus grand chose non plus, voire moins, je peux vous l’assurer. En tout cas, à force de maigrir, j’ai fini par comprendre ce que signifie l’expression « se retourner dans sa tombe » ; au début de mon séjour, je n’aurais pas pu réaliser ce challenge ; mais maintenant, pour peu qu’un événement aussi exceptionnel que désagréable m’en donne l’occasion, j’ai l’impression que j’en serais capable. Et dire que je n’ai même pas pu participer ou assister à la libération de Paris. Franchement, d’avoir combattu pour sauver notre pays et d’en finir juste avant la fin du conflit et le retour des bals populaires, c’est pas une mort, même si le Ministre de la  guerre a cru devoir épingler une médaille sur le drapeau recouvrant mon cercueil,  alors que je n’ai strictement rien fait, à part lever légèrement la tête au mauvais endroit et au mauvais moment.  Ce fut un clap de fin digne d’un mauvais film.

Depuis que je suis là, je m’efforce de garder les yeux fermés, ce qui me permet d’éviter d’observer ce monde qui devient plus fou décennie après décennie ; j’ai la chance de mener une mort paisible, enfin, la plupart du temps, car il y a quand même, tous les ans, ce jour maudit où ils viennent en nombre envahir notre domaine, les bras chargés de fleurs, le plus souvent des chrysanthèmes ou des pompons, qu’ils déposent bêtement sur nos tombes, comme s’il nous était permis de les voir ou d’en humer les fragrances. L’ensemble doit certes apporter un peu de gaieté et de lumière dans cet endroit, mais qui en profite ? Et ça parlote, et ça parlote, une vraie cacophonie qui vient troubler la quiétude de notre trépas. Après viennent les prières, les signes de croix et quelques larmes pour faire bien dans le tableau. Et  on ressort les vieilles histoires de famille, les anecdotes d’antan, les colères, les infidélités, les cuites de carnaval et le reste. Devoir écouter ces inepties est d’un ennui mortel, un après-goût d’enfer.

Mais ce qui m’est arrivé quelques semaines seulement après la Toussaint est bien plus extraordinaire. Alors que je vaquais paisiblement à mon occupation favorite qui consiste à être allongé sur ce qui reste du capiton de mon cercueil, j’ai entendu soudain, venant d’assez loin, les échos d’un chant religieux que j’ai reconnu, car il avait été entonné par ceux qui assistaient à mes obsèques il y a longtemps il me semble. Cela n’avait rien d’étonnant en soi car, bien qu’il fût surpeuplé, le cimetière civil dans lequel on m’avait logé, alors que j’aurais préféré de loin être enterré avec mes copains dans un cimetière militaire, accueillait de temps en temps des funérailles qui venaient rompre la monotonie de mon séjour.

Mais c’est la suite qui s’avéra inattendue. Je me suis rendu compte que le convoi funèbre s’était arrêté à quelques mètres seulement de ma tombe, ce qui signifiait que j’allais avoir un nouveau voisin de stèle. Après un moment bruyant durant lequel, j’imagine, les croque-morts ont déchargé le cercueil et l’ont placé sur des tréteaux, le curé a pris la parole et je l’ai entendu dire cérémonieusement : «  Nous sommes réunis aujourd’hui en ce lieu pour admettre dans sa dernière demeure notre père, notre frère, notre ami Edouard DEVREAU, décédé, entouré des siens, le 27 Décembre dernier, sans avoir eu la chance de vivre le passage au troisième millénaire… » 

QUOI ? Ai-je bien entendu ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Edouard DEVREAU, c’est moi et personne d’autre, et je suis mort en 44 pas en 99. Voyons, voyons, on serait à la veille de l’an 2OOO ? Dieu que le temps passe vite quand on est là-dessous. Je serais donc dans ce trou depuis plus de cinquante ans ? Mais je ne suis pas fou, je suis mort avant d’avoir eu des enfants. Alors, qui donc prétend user de mon nom et de mon prénom ? Un escroc ? Un imposteur peut-être ? Et s’il existe vraiment, comment être sûr qu’il ne veut pas prendre ma place ?  Mais pourquoi ferait-il ça ? Je n’ai jamais eu l’impression de déranger qui que ce soit. N’empêche,  il a l’impudence de venir me narguer à quelques mètres de ma tombe, avec la complicité bienveillante du curé de la paroisse ; c’est scandaleux, c’est de la concurrence déloyale.

Tandis que des pensées ne se bousculent pas dans ma tête, le curé évoque les nombreuses qualités de cet Edouard-là, que même ma modestie proverbiale ne peut empêcher de reconnaître comme miennes et, du coup, j’ai la douloureuse  sensation qu’on est en train de m’enterrer une seconde fois. Avez-vous remarqué que, tant qu’on est un être vivant, on fait constamment l’objet de critiques portant sur notre caractère, notre style de vie, nos goûts, nos relations, nos amours, dictées le plus souvent par la jalousie ou la mesquinerie ; et quand, par hasard, on vient à mourir, miracle ! On ne nous trouve plus que des qualités ! Je n’ai jamais entendu dire autant de bien de moi que le jour de mes funérailles. Si j’en avais été capable, j’aurais jeté un œil à ma gauche puis à ma droite, pour me convaincre que  ce discours s’adressait bien à moi.

Je crains quand même qu’à la longue, la présence toute proche d’un second Edouard DEVREAU ne provoque de regrettables confusions. Imaginez qu’à l’époque, il y ait eu dans le même cimetière deux Franklin ROOSEVELT ou deux Winston CHURCHILL, pas deux Adolf HITLER, non, il y a des limites aux coïncidences fâcheuses. Compte tenu de la fréquence des hommages rendus à l’Américain et à l’Anglais, ceux-là mêmes qui m’ont  envoyé au casse-pipe sans état d’âme, la situation serait bien vite devenue ingérable. Je subodore déjà que c’en est fini de ma tranquillité, car je me souviens très bien qu’au début de l’éternité, les visites éplorées et les dépôts de gerbes et de bouquets sont fréquents ; l’arrivée du nouveau pourrait bien chambouler ma mort de tous les jours. Et, avec ma chance habituelle, vous verrez que les quelques vieillards qui se souviennent encore assez de moi pour avoir l’idée de m’offrir une ou deux fleurs se tromperont de tombe en me visitant au cimetière, et je n’aurai même pas la possibilité de leur dire : «  Psstt, c’est pas lui votre Edouard DEVREAU, c’est moi ». Ah, je vois déjà la scène : le gamin mort de rire en voyant ces vieux débris déposer sur sa tombe des fleurs qui ne lui sont pas destinées. Maudit soit celui qui nous prive de toute communication avec les vivants, quoique, si l’on en croit la rumeur…

L’idéal eût été qu’on nous enterrât dans la même tombe ; nous aurions pu ainsi échanger, en toute confidentialité, des souvenirs et des points de vue qui n’appartiennent qu’à des Edouard DEVREAU. Et, au 1er Novembre, nos familles et nos amis mélangeraient nos chrysanthèmes et nos pompons dans une symphonie de couleurs et de bons sentiments. A la réflexion, le petit nouveau fera peut-être un défunt très fréquentable. D’ailleurs, si ça se trouve, il a combattu lui aussi. Les DEVREAU sont de bons soldats, certes peu de temps pour certains, mais de bons soldats quand même. Il serait quand même bien étonnant qu’en cinquante ans, la folie des hommes n’ait pas débouché sur une jolie petite guerre, que J’imagine bien faire siffler les balles dans un pays comme… je ne sais pas moi, disons l’Algérie. Evidemment, comparée à la mienne, il s’agirait d’une guerre de pacotille. Les combats se dérouleraient sous le soleil et la chaleur, et les soldats crapahuteraient dans le sable, un peu comme en vacances, alors que nous n’avons connu, à l’époque, que la gadoue et le froid. C’est peut-être pour ça que je suis resté si frileux depuis.

Je ne suis pas loin de conclure que mon nouveau voisin n’a pas eu autant de mérite que moi, d’autant qu’il a sûrement vécu plus longtemps, probablement parce qu’il a appris assez tôt à baisser la tête plutôt qu’à la lever bêtement ; quand, tout à coup, une idée me traverse le crâne, en suivant sans doute la même trajectoire que la balle qui m’a tué il y a plus d’un demi-siècle; Est-il possible que le fait qu’un Edouard DEVREAU soit enterré si près de moi ne soit qu’une coïncidence ? Ai-je bien tout entendu de l’éloge  prononcé par ce curé vieillissant ? Est-ce que celui-là ne serait pas finalement de ma famille, un de mes parents, un fils peut-être ? Dans la tourmente de cette saleté de guerre, les nouvelles de l’arrière étaient plus que rares, et si ça se trouve, ma femme a eu un fils, que je lui ai fait lors d’une permission, qui serait né après ma mort et que, par respect pour ma mémoire, elle aurait prénommé Edouard ? Mais bien sûr, c’est la logique même, celui qui vient s’allonger là, à quelques mètres de moi, c’est forcément mon fils, que je n’ai jamais connu, et pour cause ! Quelle divine surprise ! Quelle émotion ! J’en ai les os qui s’entrechoquent.

Mais, puisqu’il en est ainsi, mon cher Edouard, ne reste pas là dans cette tombe glacée, pour le reste de ta mort. Rejoins-moi, viens vite, je t’attends, je t’accueillerai à bras fermés.

2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

CATEGORIE « ADULTES »

3ème PRIX : Valentin GIRIN-FONVIEILLE (Maine et Loire)

Dès demain

Huit heures trente. Il était huit heures trente précises, en ce beau mercredi matin, lorsque Maurice Vassel s’éveilla. Il était de si bonne humeur qu’il n’eut presque pas besoin de son aide pour sortir de son lit, et ne put résister à l’envie de se faire confirmer ce qu’il savait déjà.

« Combien de temps reste-t-il ?

– Un jour, Maurice. Juste un jour », répondit l’aide qui, au contraire du vieil homme, exsudait l’abattement. Il n’y prêta pas attention, et continua sa routine matinale en fredonnant.

Plus qu’un jour ! Tout devait être en ordre d’ici là, tout se devait être parfait ; pas question de laisser quoi que ce soit au hasard. Il avança, difficilement — les années se faisaient sentir — jusqu’à une porte présentant, dans une écriture enfantine, un panonceau “ne pas rentrer”. Il n’attendait pas de réponse, bien évidemment — pas aujourd’hui, mais, dès demain ! — mais frappa tout de même avant d’entrer, en souvenir des anciens jours. L’intérieur était trop sombre pour ses vieux yeux, et il demanda à son aide d’ouvrir les rideaux. La petite pièce ainsi révélée, son lit simple, son armoire, toute cette chambre le faisait se sentir nostalgique. C’est là que, chaque soir, il racontait une histoire à son fils. C’était il y avait des années de cela, mais les souvenirs de Maurice lui semblaient toujours aussi clairs.

« Il faudra s’assurer que tout soit propre », demanda-t-il à son aide. « C’est sa chambre, après tout. Il voudra la retrouver quand il rentrera demain ! »

L’aide, comme ayant lu ses pensées, était déjà là avec un balai.

Il se dépêcha ensuite, autant qu’il le pouvait, d’atteindre la cuisine. Des boîtes étaient éparpillées sur la table, la plupart vide, mais certaines encore remplies d’appétissants gâteaux. Il fallut plusieurs essais à ses mains tremblantes, mais Maurice parvint à en ouvrir une. Les gâteaux avaient l’air frais ; pourtant, il ne pouvait rien laisser au hasard. Il décida donc d’en faire de nouveaux — au chocolat, comme ceux qu’il faisait à son fils pour son goûter, quand il revenait de l’école. Être un père seul l’avait forcé à acquérir de nombreux talents, qu’il avait conservé à travers les années.

Nonobstant l’assistance de son aide, cuisiner une nouvelle fournée de gâteaux l’occupa pendant de longues heures. Fatigué, il lui demanda de l’accompagner pour sa balade quotidienne dans le jardin. Celui-ci était verdoyant, rempli de fleurs et d’arbres fruitiers. Malgré cette abondance, un de ces végétaux avait sa préférence. Un pommier, dont il avait planté la pousse avec son fils le jour où ce dernier quittait la maison pour poursuivre ses études et sa vie. Il fit mine de cueillir une des pommes, mais son aide pointa un panier au pied du tronc, déjà rempli de fruits. “Je reviendrai pour la première récolte”, lui avait juré son fils. Il n’était pas parvenu à tenir sa promesse, mais Maurice n’en avait cure. Il rentrait demain, et il était prêt à lui pardonner.

La journée sembla passer en un éclair, tant il était occupé à préparer la maison pour le retour du fils prodigue. Elle s’acheva, comme tous les autres soirs, par le réglage du réveil. Son aide pouvait l’assister pour se préparer au coucher, mais Maurice tenait à régler son réveil seul.

Huit heures trente. Il était huit heures trente précises, en ce beau jeudi matin, lorsque Maurice Vassel s’éveilla. Il était de si bonne humeur qu’il n’eut presque pas besoin de son aide pour sortir de son lit, et ne put résister à l’envie de se faire confirmer ce qu’il savait déjà.

« Combien de temps reste-t-il ?

– Un jour, Maurice. Juste un jour », répondit l’aide qui, au contraire du vieil homme, exsudait l’abattement.

2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

CATEGORIE « JEUNES »

1er PRIX : Lauralie ALFONSI (Hautes Alpes)

 Une onde d’encre 

    En dessous de moi, l’eau clapotait sempiternellement et m’éclaboussait de ses gouttes amères. Assise dans une petite barque, je glissais sur l’onde salée comme le ferait une main sur la couverture d’un livre avant de l’ouvrir. Pénétrer dans cette mer d’encre s’apparentait à un rite initiatique, truffé de découvertes inattendues. Derrière moi, le rivage disparaissait progressivement. Je rejoignis bientôt le large en m’enfonçant dans la brume du matin dont la densité la rendait semblable à un mur infranchissable. 

   Je ne maîtrisais pas la direction que prenait ma barque. Elle me conduisait sur cette incommensurable étendue d’eau comme le ferait un texte avec son lecteur. On connaît toujours le début d’un livre mais on en ignore sa fin… Cette promenade maritime se jouait de moi en me proposant des images évanescentes. Mon esprit s’évaporait dans des pages liminaires, bercé par le doux bruissement des vagues. Au frisson d’un courant, je sentis la puissance de mon imaginaire qui m’arrachait des rêves, s’amusait de mes peurs fictives. Une moitié de moi m’emmenait déjà aux rives d’un hors-texte, celui qui liait cette mer majestueuse à mes champs littéraires. Mon présent me fuyait dans ce manuscrit originel. C’était une certitude.

   Un vent placide emplissait l’air de sa profonde mélancolie. Le soleil venait d’atteindre le zénith et ses vaisseaux lumineux vinrent dissiper l’épaisse brume grisâtre qui encerclait l’embarcation. Préfigurant une belle journée, le ciel se teinta d’azur.

   Un banc de poisson-ange se profila dans l’eau à l’avant de l’embarcation. Ils arboraient de lumineuses nuances ambrées, rougeâtres, bleutées ou encore verdâtres. Cette multitude de couleurs s’agençaient sur leur corps en formant des lignes irrégulières. Elles se déformaient au gré de leurs mouvements, semblables aux lignes des pages d’un livre qui se tournent.

   J’ouïs soudain un cri strident derrière moi. Un albatros se tenait là, sur le rebord de la barque et me fixait de ses yeux d’ébène. Brusquement, il déploya ses majestueuses ailes dont les plumes frémirent dans le vent. Un envol livresque dans les nues d’un ciel poétique… L’albatros disparaissait déjà derrière la ligne d’horizon en inscrivant son passage éphémère dans les nuées. La vision de ce roi de l’azur n’était plus qu’un point à la fin d’un vers. 

   L’eau devenait l’hôte de mes songes livresques, comme deux pages en regard se faisaient face, comme deux vies parallèles s’unissaient dans cet univers aquatique. Je voguais dans mes encarts intimes, dans mes digressions fictives qui s’effeuillaient au fil de ma virée. Cet antre de mer m’offrait toutes les étapes d’une onde débordante où ma passion des mots, mon amour de bibliophile et mes immersions littéraires ne faisaient plus qu’un. Une communion absolue me portait si loin dans ma vie, dans ma mémoire, dans mon avenir. Aucun vide n’était à craindre, tout se remboîtait sans cesse. Cette  mer avait jeté toutes ses feuilles de garde… 

   Ma passion des mots amplifiait la réalité comme un offset parfait. La mer m’offrait une promenade dont nombre de pages étaient inédites, tel un ouvrage non-coupé et encore jamais lu. Le couchant cuivré dardait déjà l’embarcation de ses derniers rayons de lumière. Lorsqu’il acheva son ascension et disparut derrière l’océan, le crépuscule imposa soudain sa toile nocturne. Une infinité d’étoiles blanches éclairèrent le firmament telle des lettres sur les pages d’un livre. Elles formaient des constellations, ou peut-être des mots, qui s’inscrivaient sur les pages d’un dôme céleste. Une lune d’argent trônait dans l’empyrée, en formant une tache d’encre sur ces calligraphies étoilées. Le firmament étoilé d’un texte…

   Les prémisses d’une soirée en mer s’annonçaient. L’embarcation voguait sur l’onde salée devenant de plus en plus en plus houleuse. Soudain, les étoiles disparurent en laissant derrière elles un ciel vide et ténébreux. Un vent glacial d’une force indicible se leva et me fit frissonner. L’eau, tumultueuse et noire, s’agita dangereusement autour de moi. Elle forma des vagues bouillonnantes qui atteignirent une taille monstrueuse en se dressant devant l’embarcation.  Dans cette véhémente tempête, la barque se heurta à un écueil qui dégagea un halo de lumière diaphane.

   C’était un océan sans lieu et sans nom. Il aurait suffi de presque rien pour que cette promenade soit une banale virée en mer. Mais l’onde salée avait composé une sylve de mots où mon aventure s’était illustrée en grands caractères. Mes paupières se plissèrent pour distinguer ce qui semblait être la fin d’une livresque aventure. Je me sentis abîmée dans les abysses du texte. Une fin étrange se profilait sur les pages mouvantes d’un récit maritime dont l’eau inondait mon âme, submergeait mon corps et me plongeait dans un torrent d’émotions littéraires. Les yeux toujours clos, je tendis promptement la main autour de moi. Cette nuit-là, je n’avais pas froissé les draps. Le tissu était doux au toucher et ne présentait aucun pli. Il était aussi lisse qu’une intacte flaque d’eau. Je m’aperçus que mes mains étreignaient un livre à la couverture en percaline pourpre. Mon être semblait nager dans une incommensurable onde d’encre…

2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

2è

CATEGORIE « JEUNES »

2ème PRIX : Cécile KLEIN (Moselle)         

La boîte de Pandore

En cette époque aujourd’hui révolue, seulement connue de nos aïeuls, le monde fonctionnait avec une seule et unique règle.

Vis.


Un seul mot, et pourtant toutes les lois rassemblées. Un commandement, et pourtant une éthique parfaite. Le peuple ne craignait pas de vivre. Les humains aidaient, consolaient, comprenaient, enlaçaient, tendaient la main, ils étaient fraternels. Il aimait son prochain, les discriminations semblaient n’avoir jamais existé. 
Tous se contentaient de vivre au jour le jour. Nul ne vivait dans une peur constante de tous les accidents du quotidien, nul ne se levait la boule au ventre par peur de ces monstres venus d’ailleurs, nul ne se plaignait de ces bêtas qui tenaient le monde entre leurs mains.       
On prétend de nos jours que la « paix » les rendait irrationnels, les empêchait d’essayer d’agrandir leur territoire avec quelques armes. Que cette « liberté » les rendait incapables de monter une société. Que cette « tolérance » les empêchait de laisser la nature accomplir l’ordre des choses. 

La personne avait des habits bleus. Elle vivait, mais il n’a pas suivi les règles.  Parce qu’il n’y avait pas de règles.

Peut-être que c’est le diable en personne qu’il le lui a ordonné. Qu’il a pris forme humaine, vêtu de noir et un rubis gravé d’un symbole étrange dans les cheveux. Peut-être qu’il n’y a jamais eu de démon. Aucun méchant serpent pour tenter l’innocent. Que l’humain s’est suffi à lui-même.

Qu’au fond, il a toujours été mauvais. 

C’était une fille, un garçon, peut-être aucun des deux. C’était un humain. L’être était adolescent, il était quelqu’un. L’être était semblable aux autres, il était comme les autres.  Pourtant, le monde lui avait confié le sombre. Enfermé dans une petite boite qu’il avait la formelle interdiction d’ouvrir. Pourquoi elle ? Peut-être parce que l’heure de la mort de l’ancien monde avait sonné. Peut-être parce que l’adolescent était destiné depuis toujours à créer la transition entre les deux univers.

Une femme portait une longue robe rouge. Elle lui tombait jusqu’aux chevilles. Découpée sur le côté droit, dévoilant sa jambe tentatrice au regard de tous. Elle souriait de ses lèvres écarlates. Ses cheveux châtains rassemblés en un chignon strict. Un léger trait ébène sur sa paupière rendait ses yeux hypnotisant.  Elle était séduisante. Elle était attirante. Elle était manipulatrice. Elle s’appelait Haine.

La femme était petite. Sur sa robe, du bleu turquoise, du vert et du brun se mélangeaient. Sa robe couleur Terre lui descendait jusqu’aux genoux. Ses cheveux de toutes les couleurs volaient au vent. Elle avait plusieurs colliers, le symbole hippie, un arbre de vie et un attrape rêve. Elle souriait. Elle était heureuse. Elle était simple. Elle s’appelait Utopie.

Elle portait un pantalon gris, le bas large recouvrait ses bottines, grises. Un pull gris, des yeux gris. Elle était neutre. Elle n’avait aucun scrupule. Elle souriait, elle souriait tout le temps, elle souriait d’une telle manière que ça en devenait malsain. Elle racontait, changeant d’attitude et de discours à chaque personne. Elle aimait semer la discorde, arroser les conflits de haine et cueillir les premières gouttes de sang. Ses yeux brillaient, ils étaient terrifiants. Elle était calculatrice. Elle n’était pas ce que les autres pensaient. Elle était un masque. Elle s’appelait Mensonge.

Une chemise blanche, une jupe noire. Un prénom tatoué l’encre bleue sur son avant-bras, les lettres étaient floues, presque effacées, seule la première était encore lisibles: A . Ces cheveux blonds en bataille, ses yeux bruns, si communs, trop basiques. Au début, elle avait  besoin de la chaleur d’une soirée entre amis pour boire, puis un jour, elle en est arrivée à boire seule. Toutes sortes d’alcool, réchauffant son corps avec les degrés, augmentant à chaque fois la dose, toujours plus forte que la précédente. Elle ne cherchait qu’à s’écrouler chez elle, seule. Elle était seule et avait besoin d’aide. Elle était noyée par la misère. Elle était les vices de chacun. Elle s’appelait Absinthe.

Une robe noire. Une tenue laissant libre-court à l’interprétation de chacun. Des ballerines noires. Ses cheveux miel coupés juste au-dessus de ses épaules, ses yeux soulignés de noir, aucun bijou, aucune fantaisie. Elle était quelqu’un d’autre, elle jouait un personnage. Elle racontait des histoires, murmurant à qui voulait bien l’entendre divers contes. Elle était comédienne. Elle était une créatrice de rêves. Elle était la mère de l’imagination. Elle s’appelait Narration.

Une peau blanche, toute claire. Ses paupières peintes de blanc. Une longue robe blanche. Le haut était blanc neige, le reste de sa robe était recouvert de petites étoiles.  Des gants lui remontaient au-dessus des coudes. À ses oreilles, à ses poignets et autour de son cou, des petites étoiles argentées pendaient. Elle souriait et rêvait. Elle était heureuse. Elle était une étoile peinte en blanc. Elle était la tâche blanche sur le tableau noir. Elle était une bouffée de douceur. Elle s’appelait Insouciance. 

Elle était la diversité. Elle avait la peau blanche, noire et de toutes les autres couleurs. Elle était Amérindienne, Arabe, Européenne, Africaine, Asiatique, de toutes les tribus et peuples existants.  Leur savoir, leur dialecte, leur histoire, leur patrimoine, leur tradition, leur musique, leur culture, leur mythologie, leur sourire, elle avait une par une chacun elle. Elle avait les yeux multicolores. Elle avait un collier doré comme le soleil autour du cou, un pendentif argenté comme les étoiles représentant une colombe en plein vol. Elle était la paix. Elle était l’harmonie de l’univers. Elle était elle en étant tous. Elle s’appelait Tolérance.

Elle était ? Il était ?  Elle n’était d’aucun des trois âges. Il n’était d’aucune origine. Elle n’était d’aucune classe sociale. Il ne représentait aucune idéologie. Elle n’était pas grande, elle n’était pas petite, elle n’était pas grosse, elle n’était pas mince. Il était son propre genre. Elle était tous les sentiments. Il ne respectait aucun critère de cette société. Elle avait la bouche et les yeux maquillés de bleu. Il portait une robe bleue. Elle avait le corps entier tatoué d’étoiles. Il avait de longs cheveux éblouissants. Elle était une lumière. Il était une créature. Elle avait de l’humain seulement la silhouette et aussi un peu de son cœur. Il était une petite lueur bleue. Elle était tout en étant rien. Il était celui qui rassemblait tous les autres, celui en qui chacun a cru un jour, celui qui crée et détruit. Elle s’appelait Espoir.

L’être était chacun d’entre eux, ils étaient chacun une part de l’être. Il était curieux, comme tout le monde l’est. Elle n’avait pas le droit d’ouvrir le coffre, sous aucun prétexte. Mais … ce petit coffret représentait l’interdit.

Il n’avait jamais eu occasion d’enfreindre les règles, de se dérober à la loi, d’aller à l’encontre de l’éthique, de commettre une faute, de ne pas respecter la morale. Alors, envers et contre tous, elle défit les liens de sa propre morale qui la retenait. Elle appuya sur le bouton rouge.

Elle ouvrit la boîte de Pandore. Et c’est uniquement lorsque quand les premières images défilèrent sur l’écran qu’elle comprit son erreur. Que l’humain comprit son erreur. Que l’humanité comprit son erreur. Qu’On comprit notre erreur.

Le film se déroulant devant ses yeux montrait des journalistes, annonçant chaque seconde une nouvelle encore plus grave. Il s’abattit sur la Terre malheur et maladie. Il plut sur le Monde famine et guerre. La colère du ciel frappa, sécheresse, inondation, tsunami, ouragan, catastrophe naturelle en tout genre. La folie humaine prit vie, sang, armes, frontières, pouvoir, énergies fossiles, course au pognon. Le début de la déchéance. Pour la première de sa vie, elle connut le regret, la dépression, la douleur, la peur de l’inconnu. Pour la première fois, On connut le désespoir. Elle était paniquée, elle referma la boîte mais il était déjà trop tard.

Dans la rue, au boulot, au magasin, dans les transports, tout le monde se méfie de tout le monde. On a peur de l’inconnu. L’espérance de vie est en constante évolution, les conditions de vie n’ont jamais été aussi bonnes, il n’y a jamais eu aussi peu de conflits armés mais on nous enseigne à avoir peur de l’inconnu, des autres. Car aujourd’hui, certaines choses vont mieux que jamais mais les journaux télévisés préfèrent ne parler que de sujets inquiétants, des problèmes, pour qu’on reste en permanence persuadé d’être en insécurité.

L’être était comme nous tous, On est comme l’être. L’être était l’humanité, On est l’humanité.

On s’appelle tous un peu Haine, Utopie, Mensonge, Absinthe, Narration, Insouciance, Tolérance et Espoir. On peut tous à notre niveau pour quel projet que ce soit faire changer les choses.

On peut tous choisir ou non d’ouvrir la boîte de Pandore.