LE COUP DE CANIF

LE COUP DE CANIF

Comme une gifle ou un coup bas,

Un coup d’canif au doux contrat,

Zéro pointé sur tout’ la ligne,

KO, touché en cœur de cible ;

Je n’ai rien vu et je m’en veux,

Tu as bien su et je t’en veux,

On tient sa vie à un cheveu,

C’n’est pas ici mon seul aveu.

Tous tes secrets sous mots de code,

Ces liens cachés sous tes icones,

Cette distance et tes silences,

Prenn’ tous leurs sens en ton absence.

Coup de couteau fiché dans l’dos,

Une goutte d’eau qui, crescendo,

Tombe et s’instille dans mon décor,

Je pars en vrille et en remords.

Je n’ai rien vu et je m’en veux,                 

Tu as bien su et je t’en veux,

On tient sa vie à un cheveu,

C’n’est pas ici mon seul aveu.

J’n’ai pas su lire entre les mots

Tous tes messages subliminaux,

Suivre tes signes en jeux de piste,

C’n’était pas sage, juste égoïste.

Pas de victime, aucun bourreau,

D’ennemi(e) intime, d’after-ego.

On n’a pas su juger du rythme

Ni conjuguer l’accord des rimes.

Je n’ai rien vu et je m’en veux,

Tu as bien su et je t’en veux,

On tient sa vie à un cheveu,

C’n’est pas ici mon seul aveu.

Inadvertance, indifférence,

Quelle différence quand on y pense ?

On s’est sans doute perdus de vue

Sur notre route… au dépourvu.

Alain VARLET

FILS PAR INTERIM

FILS PAR INTERIM

Je suis le fils par intérim,

Celui qu’on siffle ou qu’on débine,

L’intermittent, le pis-aller,

Le cygne noir de la portée,

Ouais, la pièce rapportée.

Je suis le fils par intérim,

Celui qui n’est pas d’la famille,

Un accessoire, le fils caché,

La pièce rapportée,

La pièce rapportée.

Pas tout à fait du même sang,

Ce sentiment bien oppressant

Qui m’a rongé bien des années,

Trop tôt jugé et condamné.

Pas tout à fait du même sang,

Ce sentiment bien oppressant

Qui m’a rongé bien des années,

Trop tôt jugé et condamné.

Pas tout à fait le fils indigne,

Mon nom se dit entre les lignes,

Mais qu’a beau faire, obstinément,

Ne s’ra jamais sous testament,

Sous testament. Non-non-non-non !.

Juste un demi, une moitié,

Que par déni n’faut pas nommer,

Celui qui traine sa solitude

Et qu’on étrenne par habitude.

Je suis le fils par intérim,

Pas l’fils maudit, ni le beau-fils,

Celui qu’on n’a pas pu choisir.

C’n’est pas marrant, ça ne m’va pas,

J’ai une maman, et pas d’papa.

Et mêm’ si ça n’vous regarde pas

J’peux pas garder tout ça pour moi.

C’est désarmant, je n’comprends pas, j’peux pas, j’veux pas,

Surtout maintenant que j’suis papa , que j’suis papa !

Alain VARLET    

LE PROPRE DE L’HOMME

LE PROPRE DE L’HOMME

Faut pas un haut QI pour faire un mot d’esprit,

Les enfants, à l’école, ont de belles paroles,

Des réparties si drôles d’innocence accomplie,

Des regards sur la vie comme autant de symboles.

Bien de grands humoristiques n’étaient pas humanistes,

Menant une vie bien triste cachée derrière l’artiste,

Tous ces pince-sans-rire, aux écrits bien trop aigres,

Se sont gaussés du pire en usant de leurs nègres.

On nous dit que le rire est le propre de l’homme,

Qu’il nous fait départir des autres animaux,

Cette prise de distance sur les rustres que nous sommes,   

Preuve d’intelligence dans d’augustes propos,

Nous l’avons bafoué en tueries et procès,

Même s’il faut avouer que des temps s’y prêtaient,

On s’est moqué du monde et, malgré nous, de nous,

Et cette boue immonde nous remonte aux genoux.

On peut rire de tout et souvent pour un rien,

Pousser l’absurde au bout au mépris du danger,

Se dilater la rate en se faisant du bien

Mais sans que ne dérape l’ironie du sujet.

Oui, l’humour est une arme à multiples tranchants,

On pleure ou rit aux larmes, tout dépend du contexte,

On prend peur d’un sourire, d’un bon mot méprisant,

Nos meilleurs souvenirs ne sont pas nos complexes.

Quitte à jeter l’opprobre, brocardons les grincheux

Dont les zygomatiques peinent à s’encanailler,

Il n’y a rien de noble dans leur rictus hideux

Quand leurs tristes mimiques ne servent qu’à railler.

C’est pourtant un réflexe, inné depuis l’enfance,

S’il est vrai que le rire est de l’homme le propre,

Moi, je reste perplexe devant tant de violence,

Refusant de subir des idées misanthropes.

Se poiler dans sa barbe comme dirait CHARLIE,

Sans se couper de l’arbre qui cache l’enfoiré,

Persifler ou siffler la fin de la partie,

Puisse le rire pouffer à gorge déployée ;

S’en payer une tranche en mille éclats de vie,

Il n’y a rien d’étrange à sourire de bon cœur,

Le ridicule ne tue que les viles calomnies

Et l’humour et l’amour en sortiront vainqueurs.

Alain VARLET