AE1906 Notre Dame

NOTRE DAME

Sophie venait du Sud, moi du Nord. Après plusieurs de séparation, nous nous retrouvions à Paris. Nous ne pouvions nous retrouver ailleurs qu’à Notre-Dame. L’aurions-nous choisie si elle avait été affublée d’une flèche en titane ? Nous aurions cherché un endroit plus romantique, plus authentique. Nous avons admiré, main dans la main, la vierge du XIV siècle, à droite du chœur. Lorsque la flèche est tombée, j’ai prié pour qu’elle épargne cette statue, je suis sûr que Sophie a fait de même. 

J’aimerais pouvoir un jour emmener mon petit fils à Notre-Dame pour lui expliquer ce que représentait ce monument pour ses lointains bâtisseurs. A elle seule, elle symbolisait toutes les connaissances, toutes les techniques, tout un peuple mis en mouvement pour bâtir des églises plus hautes que des montagnes. Les hommes n’avaient jamais rien vu de si haut, ils ne s’étaient jamais sentis aussi petits, eux qui vivaient dans des masures. Et ses courbes pures qui s’enchevêtraient dans le ciel de pierre. Et ses dentelles de pierre, ces rosaces colorées. Une flèche métallique posée sur la nef ! Et pourquoi pas un gratte-ciel sur l’île de la Cité. 


La France éternelle se retrouve dans le chœur de Notre-Dame. Les chefs d’états assistèrent aux obsèques du Général de Gaulle. Je me souviens de ces hommes venus d’Afrique qui arboraient des peaux de panthère et des insignes militaires. Je me souviens du chant grégorien lancé par les moines bénédictins lors des funérailles de Pompidou. Le créateur de Beaubourg aurait-il appelé, des chanteurs à la mode, pour monter au ciel ?

Prier c’est avant tout se recueillir. Peut-on se recueillir devant quelque chose d’inconnu, de nouveau ? Notre Dame doit rester belle comme une prière. 


Un dimanche matin, ma sœur et moi, nous nous promenions à Paris. Un peu par hasard, nous entrions dans la cathédrale et étions accueillis par un Requiem de Mozart chanté par une centaine de musiciens. Quel émerveillement, nous parlons encore de la magie de ce moment. C’était donc cela Notre-Dame ! Une merveille à laquelle, nous, les provinciaux n’avions pas accès. 


A-t-on besoin de défigurer notre passé pour prouver que nous sommes tournés vers l’avenir ? Ne sommes-nous plus capables de plonger en nous-mêmes pour créer ?
Et ajouter une forme nouvelle, ce serait remercier en quelque sorte l’incendie sans lequel nous n’aurions jamais osé innover ? Et que diraient les petites sœurs de la cathédrale, à Amiens, Beauvais, Chartres…

Vue depuis St Michel, Notre Dame se dresse telle une falaise blanche. Sa flèche rehausse sa silhouette. Notre Dame ne peut être le piédestal de pierre d’un oriflamme métallique. 

Je feuillette parfois le livre d’histoire que je mettais dans mon cartable d’écolier. Je regarde la silhouette de Notre Dame et ses deux tours comme deux bras tendus vers moi. N’allez pas défigurer mes rêves d’enfant. 

Mettre une flèche futuriste serait aussi incongru que de poser un petit Jésus en Darkvador dans la crèche. Les enfants doivent pouvoir imaginer des scènes humaines, il leur faut les couleurs, les formes et les matières qui correspondent à leur représentation. Allez afficher la beauté des flèches métalliques sur les aires des autoroutes ! 

Comment imaginer Quasimodo au-dessus du portail de Notre-Dame si une flèche, sortie d’un dessin animé asiatique, lançait ses reflets métalliques derrière lui ? 

Laisser un commentaire