ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (I)

L’oubli

Une courte histoire

Il faisait chaud. J’étais assis dans mon fauteuil. J’étais épuisé. Je pensais à la journée de travail et je m’énervais. « À quoi pensent-ils, ces gens ?! », me demandais-je. Un client m’avait demandé si ça serait possible de se faire rembourser des articles. Quand j’avais répondu que bien sûr, ce serait possible, il m’avait donné des choses qui avaient au moins cinq ans. Naturellement, j’avais refusé de les accepter, donc, à ce moment-là, il y a eu une dispute. Un jour, je quitterai cet emploi ! Je commençais à me calmer. Tout à coup, j’ai réalisé que j’avais oublié quelque chose. Mais quoi ? « Ma mère ! », me suis-je exclamé. Je lui avais promis de faire les courses avec elle, on s’était mis d’accord pour se retrouver à la gare en ville. Ma mère habitait dans une résidence. À cause de la vieillesse, elle était souvent un peu perdue, elle ne savait plus tout ce qui se passait. C’était vraiment important qu’elle ne soit jamais seule, ce pourrait être dangereux pour elle ! Je stressais. L’heure du rendez-vous était il y a 2 heures. Je m’étais arrangé pour que les employés de la résidence l’amènent à la gare où je la rejoindrais. Qu’est-ce que je devais faire ? J’ai téléphoné à la résidence. Quelqu’un que je ne connaissais pas a répondu.

« Bonjour, comment puis-je vous aider ? »

« Je cherche ma mère… L’avez-vous amenée à la gare ? Savez-vous si elle est déjà là-bas ? »

« Calmez-vous, s’il vous plaît. Je suis sûr qu’elle va bien. J’ai besoin de votre nom. »

« C’est Dupont. Ma mère est Maria Dupont. Je vous ai demandé de l’amener à la gare. L’avez-vous fait ? »

« Un moment, je vais demander au conducteur. »

Tandis que j’attendais, un frisson m’a parcouru le long de la colonne vertébrale, malgré la chaleur.

« Le conducteur l’a déposée il y a deux heures. Il m’a dit que vous vouliez la retrouver là. » a-t-il dit un peu impatientent.

« Il l’a laissée seule? »

« Oui, votre mère était sûre que vous seriez bientôt là. »

« Mais elle est sénile ! On ne doit pas la laisser seule ! »

« Monsieur, ce n’est pas notre responsabilité, pourquoi n’êtes-vous pas, d’ailleurs, avec votre mère maintenant ? »

Il était vrai. Je devrais être là. « J’y vais tout de suite ! », ai-je dit et dans la foulée, j’ai raccroché.  J’ai cherché la clé de ma voiture. Elle n’était ni sur la table, ni dans la cuisine. J’ai couru dans ma chambre. « Ce n’est pas possible, ça ! Pourquoi maintenant ?! » me suis-je exclamé. J’ai jeté le pull qui était sur la chaise près de mon lit sur le sol. Rien ! Tout à coup, je me suis souvenu que la clé était dans ma poche de pantalon pendant tout ce temps ! En route vers la gare, j’essayais de décolérer. « Ce n’est pas un problème, assurément elle m’attend. Peut-être qu’elle s’est déjà acheté quelque chose à manger. » me disais-je, mais je ne pouvais pas me rassurer. Avec ma mère, ce n’était pas la question de savoir si elle voulait ou pourrait faire quelque chose qui posait des difficultés, mais elle oubliait simplement ce qu’elle devait faire quelle que soit la situation. Quand je suis arrivé à la gare, j’ai cherché un employé. Heureusement, ma mère portait toujours son anorak abricot, donc il ne devait pas être difficile de trouver quelqu’un qui l’avait vue. Après avoir interrogé plusieurs employés, j’ai parlé avec un jeune homme qui m’a dit qu’il avait vu ma mère entrer dans un train, mais il ne pouvait pas se souvenir de quel train. Zut ! Elle pourrait être partout ! Pourquoi était-elle montée dans le train ? Ça n’avait pas de sens. Je devais trouver rapidement où elle était allée. Je me souvenais que souvent quand ma mère était perdue dans une situation, elle se souvenait des choses de sa jeunesse, et elle avait dit plusieurs reprises qu’elle rêvait de simplement prendre le prochain train en direction de la mer. Ce devait être ce qu’elle avait fait ! J’ai acheté un ticket pour la suivre. Le train était vraiment plein et à cause de la chaleur, l’air était une horreur. Le voyage semblait durer une éternité. En arrivant sur la côte, j’ai couru à la plage. Rien. Mais si, l’anorak orange était là sur le sable. Mais pas ma mère. Elle était probablement allée nager, quel risque à son âge ! Je me déshabillais et entrais dans la mer. En cherchant les cheveux blancs de ma mère, je commençais à nager. C’était très difficile de voir quelque chose avec les grands vagues. Et les vagues grandissaient. Le vent se renforçait. Quand j’ai entendu le premier coup de tonnerre, je me suis retourné. Je ne pouvais plus voir ni côte ni bateaux.

TIM FAASCH

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