ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (II)

La rencontre

Quatre heures. Encore une heure.

Je regarde par la fenêtre, le soleil brille. Les hommes et les voitures sont minuscules, on dirait une fourmilière agitée sans but. Personne ne se trouve sur les toitures de la ville. J’effleure la table d’un stylo-bille blanc et abricot d’un air absent.

« Au travail, tout le monde ! », crie le chef avec une mèche grasse sur son front. Il a rougi de colère. « Qui ne finit pas sa tâche, doit faire des heures supplémentaires ! Le projet doit être fini à minuit, c’est la date butoir ! Nous ne décevrons pas nos clients, compris ?! »

Je soupire. Est-ce la même personne qui m’a impressionné et inspiré au début de ma carrière ? Pas réellement. Les conditions de travail ont aussi changé depuis longtemps. Je suis fatigué de travailler ici. Qu’est-ce qui me retient dans cette entreprise ? Elle est comme un bateau duquel on ne peut pas échapper parce qu’il serait au milieu de la mer. Malheureusement, je n’ai pas le temps de réfléchir, car il faut travailler…

Je me consacre donc à mon ordinateur, quand tout à coup, je découvre un petit chat sous ma table. Son poil est tout noir. J’ai impression qu’il me regarde d’un air entendu. Comme c’est bizarre, les animaux ne sont pas permis dans cet immeuble. Comme si le chat entendait ma pensée, il se glisse furtivement dehors. Tout à coup, un raisonnement intéressant m’effleure : le chat s’est opposé aux règles sans être puni, donc pourquoi pas moi? Mû par une impulsion soudaine, je le suis.

Dans le couloir, le chat se retourne (dans ma tête, je l’appelle Gérard). Il m’a attendu ! Nous courons sans que personne ne nous voie, puis nous descendons par l’ascenseur. En fait, je ne peux pas croire ce que je suis en train de faire : fuir avec un chat pendant mon temps de travail avant une date butoir si importante pour l’entreprise. Suis-je fou ? Sans doute, mais je me sens bien ! Un sentiment de liberté et de joie de vivre m’envahit.

Rez-de-chaussée. Nous sortons du building, mais la circulation d’une grande ville est intense. Des voitures, bus et camions roulent bruyamment dans les rues. J’aspire les gaz d’échappement et je tousse. Oh, où est Gérard ? Je ne le vois plus ! C’est seulement un chat étranger, mais je suis pris de panique. Ce chat est devenu une sorte de nouvelle constante dans ma vie pendant ces dernières minutes.

« Miaou ! », entends-je juste au coin de la rue. Vraiment soulagé, je cours derrière lui, mais Gérard est très rapide. Je ne suis plus aussi en forme que dans mon adolescence. Cependant, dès que je me repose un peu, Gérard m’attend de loin, patiemment. Ensuite, nous continuons notre voyage.

Je n’ai aucune idée d’où nous allons. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été si spontané. Ce n’est pas par hasard que nous nous sommes rencontrés aujourd’hui, n’est-ce pas ? Où va-t-il me mener ? Vraiment fascinante, cette aventure !

Nous nous baladons dans les parcs de la ville, nous traversons des rues (même au feu rouge), sautons au-dessus les flaques de la dernière pluie, mais nous ne nous arrêtons jamais. Le chat est toujours loin devant moi et pourtant, je ne le perds pas de vue.

« L’entrée en gare du train est imminente. », annonce une voix féminine. Ah, nous sommes à la gare centrale. Je me concentrais seulement sur Gérard si bien que je n’ai pas fait attention à où nous allions. Étourdi, je le suis encore. Mes yeux et pieds le suivent, mais dans ma tête, je repasse toutes les décisions que j’ai prises dans ma vie.

Tout à trac, Gérard s’arrête. Avec étonnement, je réalise que nous sommes au marché aux poissons devant la plage. Je m’esclaffe. Gérard est un simple chat, pas mon oracle. Qu’est-ce que j’espérais ? Je lui achète un poisson et nous rentrons ensemble à nos quotidiens.

THAN HA

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