ECHANGE AVEC L’UNIVERSITÉ DE MAGDEBOURG (VI)

           Voyage de rêve

Un cri de loin « Attends, j’arrive… »

Un grognement tout près : « J’en ai marre d’attendre, moi… On va le rater… »

Encore une fois, le temps semblait s’être arrêté, comme à chacune de ses attentes. 

Assis sur une grosse pierre, le regard dans le vide, il s’imaginait loin déjà.

S’en aller, voir un autre pays, découvrir ses richesses, sentir ses odeurs, s’étonner de ses couleurs…

Mâchouillant son noyau d’abricot, il sentait déjà les goûts nouveaux qui titilleraient sa bouche, ceux qui agresseraient sa langue ou ceux qui charmeraient son palais.

Le soleil tape. Ses rayons brûlants le transportent dans le désert de l’Arizona. Il se faufile entre les cactus, évite de justesse les scorpions cachés dans le sable, le dard dangereusement dressé, et les serpents assoupis absorbant la chaleur qui devient insoutenable. Un coyote aux aguets, là-bas. L’air affamé, il observe, avide, à la recherche de sa prochaine proie. Un vautour fait de grands cercles dans le ciel.

La sueur perle déjà sur son front. Le regard hagard, troublé par la chaleur, il cherche le sentier. Il a disparu. Panique…

Frisson. Un nuage cachant soudain le soleil amène la fraîcheur. Le voilà happé en Grèce. Au beau milieu d’une maison taillée dans la roche, il observe les traces des troglodytes jonchant le logis. Le sol lui semble glacé, tout est si sombre : il tressaille. Comment peut-on vivre ici ? Les livres ne le disent pas… Nouvelle vague de tiédeur.

Le soleil reparaît, une brise s’est levée : elle l’emmène en Espagne, en bord de mer. Agréable. Il entend les mouettes et le roulis des vagues. Sans se soucier des rires moqueurs des volatiles, d’une force prodigieuse, elles claquent, effraient et repartent, la morgue insolente de la puissance. De la cheminée d’un bateau au loin sort une épaisse fumée, de beaux nuages cotonneux se forment, se déforment… et se reforment ? Non, le vent s’est levé : il les étire, il les perce et les disperse. Grand ciel bleu.

Bleu comme le plafond du train indien, assis sur un banc, serré entre deux hommes, il se sent sué. Un des hommes porte un turban, c’est un Sikh et l’autre, les lèvres rougies par le bétel qu’il mâche rit et parle à voix forte. Tout n’est que rumeur, grincements, humidité, cahots et chaleur, chaleur intense.

Le soleil répand ses rayons : retour en Arizona (où est le coyote ?), retour sur sa grosse pierre (où est-elle ?).

Un grognement tout près : « J’en ai marre d’attendre, moi… On va le rater… »

Un cri de loin « Attends, j’arrive… »

Dans un souffle, elle lui tire le bras, il monte dans le bus qu’ils n’ont pas raté et elle ouvre son grand atlas. Le voyage continue…

CELIA BERNEZ

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