2ème CONCOURS DE NOUVELLES 2019

2è

CATEGORIE « JEUNES »

2ème PRIX : Cécile KLEIN (Moselle)         

La boîte de Pandore

En cette époque aujourd’hui révolue, seulement connue de nos aïeuls, le monde fonctionnait avec une seule et unique règle.

Vis.


Un seul mot, et pourtant toutes les lois rassemblées. Un commandement, et pourtant une éthique parfaite. Le peuple ne craignait pas de vivre. Les humains aidaient, consolaient, comprenaient, enlaçaient, tendaient la main, ils étaient fraternels. Il aimait son prochain, les discriminations semblaient n’avoir jamais existé. 
Tous se contentaient de vivre au jour le jour. Nul ne vivait dans une peur constante de tous les accidents du quotidien, nul ne se levait la boule au ventre par peur de ces monstres venus d’ailleurs, nul ne se plaignait de ces bêtas qui tenaient le monde entre leurs mains.       
On prétend de nos jours que la « paix » les rendait irrationnels, les empêchait d’essayer d’agrandir leur territoire avec quelques armes. Que cette « liberté » les rendait incapables de monter une société. Que cette « tolérance » les empêchait de laisser la nature accomplir l’ordre des choses. 

La personne avait des habits bleus. Elle vivait, mais il n’a pas suivi les règles.  Parce qu’il n’y avait pas de règles.

Peut-être que c’est le diable en personne qu’il le lui a ordonné. Qu’il a pris forme humaine, vêtu de noir et un rubis gravé d’un symbole étrange dans les cheveux. Peut-être qu’il n’y a jamais eu de démon. Aucun méchant serpent pour tenter l’innocent. Que l’humain s’est suffi à lui-même.

Qu’au fond, il a toujours été mauvais. 

C’était une fille, un garçon, peut-être aucun des deux. C’était un humain. L’être était adolescent, il était quelqu’un. L’être était semblable aux autres, il était comme les autres.  Pourtant, le monde lui avait confié le sombre. Enfermé dans une petite boite qu’il avait la formelle interdiction d’ouvrir. Pourquoi elle ? Peut-être parce que l’heure de la mort de l’ancien monde avait sonné. Peut-être parce que l’adolescent était destiné depuis toujours à créer la transition entre les deux univers.

Une femme portait une longue robe rouge. Elle lui tombait jusqu’aux chevilles. Découpée sur le côté droit, dévoilant sa jambe tentatrice au regard de tous. Elle souriait de ses lèvres écarlates. Ses cheveux châtains rassemblés en un chignon strict. Un léger trait ébène sur sa paupière rendait ses yeux hypnotisant.  Elle était séduisante. Elle était attirante. Elle était manipulatrice. Elle s’appelait Haine.

La femme était petite. Sur sa robe, du bleu turquoise, du vert et du brun se mélangeaient. Sa robe couleur Terre lui descendait jusqu’aux genoux. Ses cheveux de toutes les couleurs volaient au vent. Elle avait plusieurs colliers, le symbole hippie, un arbre de vie et un attrape rêve. Elle souriait. Elle était heureuse. Elle était simple. Elle s’appelait Utopie.

Elle portait un pantalon gris, le bas large recouvrait ses bottines, grises. Un pull gris, des yeux gris. Elle était neutre. Elle n’avait aucun scrupule. Elle souriait, elle souriait tout le temps, elle souriait d’une telle manière que ça en devenait malsain. Elle racontait, changeant d’attitude et de discours à chaque personne. Elle aimait semer la discorde, arroser les conflits de haine et cueillir les premières gouttes de sang. Ses yeux brillaient, ils étaient terrifiants. Elle était calculatrice. Elle n’était pas ce que les autres pensaient. Elle était un masque. Elle s’appelait Mensonge.

Une chemise blanche, une jupe noire. Un prénom tatoué l’encre bleue sur son avant-bras, les lettres étaient floues, presque effacées, seule la première était encore lisibles: A . Ces cheveux blonds en bataille, ses yeux bruns, si communs, trop basiques. Au début, elle avait  besoin de la chaleur d’une soirée entre amis pour boire, puis un jour, elle en est arrivée à boire seule. Toutes sortes d’alcool, réchauffant son corps avec les degrés, augmentant à chaque fois la dose, toujours plus forte que la précédente. Elle ne cherchait qu’à s’écrouler chez elle, seule. Elle était seule et avait besoin d’aide. Elle était noyée par la misère. Elle était les vices de chacun. Elle s’appelait Absinthe.

Une robe noire. Une tenue laissant libre-court à l’interprétation de chacun. Des ballerines noires. Ses cheveux miel coupés juste au-dessus de ses épaules, ses yeux soulignés de noir, aucun bijou, aucune fantaisie. Elle était quelqu’un d’autre, elle jouait un personnage. Elle racontait des histoires, murmurant à qui voulait bien l’entendre divers contes. Elle était comédienne. Elle était une créatrice de rêves. Elle était la mère de l’imagination. Elle s’appelait Narration.

Une peau blanche, toute claire. Ses paupières peintes de blanc. Une longue robe blanche. Le haut était blanc neige, le reste de sa robe était recouvert de petites étoiles.  Des gants lui remontaient au-dessus des coudes. À ses oreilles, à ses poignets et autour de son cou, des petites étoiles argentées pendaient. Elle souriait et rêvait. Elle était heureuse. Elle était une étoile peinte en blanc. Elle était la tâche blanche sur le tableau noir. Elle était une bouffée de douceur. Elle s’appelait Insouciance. 

Elle était la diversité. Elle avait la peau blanche, noire et de toutes les autres couleurs. Elle était Amérindienne, Arabe, Européenne, Africaine, Asiatique, de toutes les tribus et peuples existants.  Leur savoir, leur dialecte, leur histoire, leur patrimoine, leur tradition, leur musique, leur culture, leur mythologie, leur sourire, elle avait une par une chacun elle. Elle avait les yeux multicolores. Elle avait un collier doré comme le soleil autour du cou, un pendentif argenté comme les étoiles représentant une colombe en plein vol. Elle était la paix. Elle était l’harmonie de l’univers. Elle était elle en étant tous. Elle s’appelait Tolérance.

Elle était ? Il était ?  Elle n’était d’aucun des trois âges. Il n’était d’aucune origine. Elle n’était d’aucune classe sociale. Il ne représentait aucune idéologie. Elle n’était pas grande, elle n’était pas petite, elle n’était pas grosse, elle n’était pas mince. Il était son propre genre. Elle était tous les sentiments. Il ne respectait aucun critère de cette société. Elle avait la bouche et les yeux maquillés de bleu. Il portait une robe bleue. Elle avait le corps entier tatoué d’étoiles. Il avait de longs cheveux éblouissants. Elle était une lumière. Il était une créature. Elle avait de l’humain seulement la silhouette et aussi un peu de son cœur. Il était une petite lueur bleue. Elle était tout en étant rien. Il était celui qui rassemblait tous les autres, celui en qui chacun a cru un jour, celui qui crée et détruit. Elle s’appelait Espoir.

L’être était chacun d’entre eux, ils étaient chacun une part de l’être. Il était curieux, comme tout le monde l’est. Elle n’avait pas le droit d’ouvrir le coffre, sous aucun prétexte. Mais … ce petit coffret représentait l’interdit.

Il n’avait jamais eu occasion d’enfreindre les règles, de se dérober à la loi, d’aller à l’encontre de l’éthique, de commettre une faute, de ne pas respecter la morale. Alors, envers et contre tous, elle défit les liens de sa propre morale qui la retenait. Elle appuya sur le bouton rouge.

Elle ouvrit la boîte de Pandore. Et c’est uniquement lorsque quand les premières images défilèrent sur l’écran qu’elle comprit son erreur. Que l’humain comprit son erreur. Que l’humanité comprit son erreur. Qu’On comprit notre erreur.

Le film se déroulant devant ses yeux montrait des journalistes, annonçant chaque seconde une nouvelle encore plus grave. Il s’abattit sur la Terre malheur et maladie. Il plut sur le Monde famine et guerre. La colère du ciel frappa, sécheresse, inondation, tsunami, ouragan, catastrophe naturelle en tout genre. La folie humaine prit vie, sang, armes, frontières, pouvoir, énergies fossiles, course au pognon. Le début de la déchéance. Pour la première de sa vie, elle connut le regret, la dépression, la douleur, la peur de l’inconnu. Pour la première fois, On connut le désespoir. Elle était paniquée, elle referma la boîte mais il était déjà trop tard.

Dans la rue, au boulot, au magasin, dans les transports, tout le monde se méfie de tout le monde. On a peur de l’inconnu. L’espérance de vie est en constante évolution, les conditions de vie n’ont jamais été aussi bonnes, il n’y a jamais eu aussi peu de conflits armés mais on nous enseigne à avoir peur de l’inconnu, des autres. Car aujourd’hui, certaines choses vont mieux que jamais mais les journaux télévisés préfèrent ne parler que de sujets inquiétants, des problèmes, pour qu’on reste en permanence persuadé d’être en insécurité.

L’être était comme nous tous, On est comme l’être. L’être était l’humanité, On est l’humanité.

On s’appelle tous un peu Haine, Utopie, Mensonge, Absinthe, Narration, Insouciance, Tolérance et Espoir. On peut tous à notre niveau pour quel projet que ce soit faire changer les choses.

On peut tous choisir ou non d’ouvrir la boîte de Pandore.

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