UNE DROLE DE SOIREE (et un texte étrange!)

UNE DROLE DE SOIREE   

Comme un homme à la mer, un bateau ivre sur les flots, je me débats et désespère d’obtenir enfin de cette histoire le fin mot. Tout me semble flou et j’ai fort mal aux yeux.Ça pique et me dérange, toxique, ça me démange. Cette matière étrange déforme mon regard ; tout baigne, c’est bizarre, comme ébloui par les lueurs d’un phare, blafard. Me voilà qui barbote dans les limbes des anges, je tremble. Les haillons de la lune irisent obstinément ce que je tente de voir, tout au moins de comprendre. Je suis complètement largué, submergé par l’angoisse et détrempé de doute. Des halos de lumière parsèment, tremblotants, mon ciel artificiel. Je suis comme hésitant, plongé dans un dilemme, au bord de l’asphyxie. J’attends une éclaircie…

Nous étions au jusant d’une fin d’été torride, fertile en événements. La boite, une filiale très privée, voire confidentielle, d’un  vaisseau-amiral de l’industrie française, avait pris de la gîte brusquement. Elle était entrainée dans une terrible tourmente, chahutée de toutes parts. Alors qu’on y brassait des milliards, le chiffre d’affaire avait plongé dans les abîmes. Elle  touchait presque le fond  dans les remous nauséabonds d’une irrémédiable et répétitive tempête boursière et financière. Tout le monde était sur les nerfs. Les réserves étaient à sec, une véritable hémorragie, ça écopait comme on le pouvait, à en suer sang et eau.

Je suis extrêmement las, totalement lessivé.  Le corps coulé dans du coton ;  je ne ressens, hélas, plus l’effet d’attraction. Je flotte, comme un pauvre astronaute, dans un univers qui n’est pas vraiment le mien ; mais je m’y sens relativement bien. Je me laisse porter par ces flux étrangers où j’ai tout confort et pleine satiété. Je me roule et me glisse dans ce contexte si particulier mais tellement limpide et capiteux, presque serein, comme une ultime extase aux portes de l’évanouissement.  Et dans ce monde parallèle, dans la moiteur de mon tunnel,  je me sens pousser des ailes…

Une noria d’experts de haut niveau, détachés par le Ministère adéquat, s’étaient penchés sur son cas afin d’éviter un naufrage. Ça pataugeait profond et, dans la précipitation, ils avaient épuisé presque toutes les solutions. Inondant les services d’études approfondies, de plans alambiqués et de vagues projets de restructuration, ils lui avaient pompé la moelle. Epuisée, il ne lui restait que les os entre deux eaux.Le tsunami avait noyé tous leurs espoirs, entrainant en cascade, débâcle, départs précipités, turbulences sociales et fiscales ;  l’affaire était rincée.   

Et puis miracle dans ce panier de crabes, l’annonce d’un sauveteur, LE sauveur. Un gros malin qui marchait sur l’or et multipliait les uns par deux sans doute, les avait tous rassurés, à moitié. Rien n’avait filtré jusqu’au dernier moment, personne ne l’avait encore vu, on ne connaissait même pas son nom. Quand on en parlait, en blaguant, on jonglait sur les mots, c’était le Messie ou Nessie, le Monstre du Business…  Et c’est moi qui suis arrivé le premier, détaché par ce repreneur, en sous-marin.

Mes bras s’agitent un peu et cherchent assurément comme un point d’appui. J’ai besoin d’un soutien pour me relever, d’un geste, une main, un pont plus loin. J’ai cette envie intime et quasi viscérale de vouloir m’en sortir. Mais envers quoi, contre qui, devrais-je donc combattre ? De quel piège assassin, de quel filet tendu, devrais-je ouvrir la nasse pour pouvoir m’échapper ? Je suis désemparé, j’ai besoin d’accoster, et au plus vite, au môle du premier quai. Etes-vous OK ? Je suis à bout de souffle, et ce n’est pas du cinéma…

Il devait être minuit, voire à peu près, j’avais bu quelques verres, certains diront que j’étais imbibé. J’avais versé, c’est vrai, une fois n’est pas coutume, dans l’excès. Ce n’était pas mon genre de me vautrer ainsi dans la fange, mais personne ne savait que j’avais, ce soir-là, bien des choses à fêter ; alors santé ! J’en avais l’eau à la bouche. Ma chance venait enfin de tourner. J’étais monté en température, imperméable aux événements et bercé par mes illusions, j’étanchais ainsi ma soif de pouvoir, de victoires et d’alcool fort, planté bien droit dans la gadoue et de l’ambition jusqu’au cou. Tout, pour moi,  était alors clair comme de l’eau,  je ne serais désormais plus jamais vu comme un zéro… C’est rigolo, ça rime avec héros… !

Ça suinte de partout, la peur me tourne autour, je sens que ça déborde ; s’il-vous- plait lancez-moi une corde. Je n’aurais jamais cru finir dans un égout, je connais ma douleur.  Je ne veux pas croupir dans ce cloaque immonde. J’appelle de mes vœux tous les dieux de la terre, des cieux, de tous les océans. Je leur vendrais mon âme pour me sortir indemne de cette lame qui, peu à peu, m’aspire vers le fond. Il me faut à tout prix franchir l’œil du cyclone et faire escale, là où la mer atone, dans quelques baies tranquilles, offre au marin perdu un havre, un oasis de paix, en des plages éperdues. Et, là-bas, au lointain, cette douce lumière…

J’avais tout préparé en amont. Afin de ne pas sécher à la première rencontre, j’avais barboté des jours durant dans les fichiers du personnel, ingurgitant des tas d’informations à sortir juste au bon moment pour faire bonne impression à tous ces cons. J’avais éclusé tous les bas-fonds de la société, surtout aux abords de la machine à café. J’avais collecté patiemment, distillé religieusement, tous les ragots sordides de cette méduse ballotée par les flots d’une crise latente, dans l’attente de pouvoir en jouer, à souhait. Je connaissais tout d’eux, ils étaient tous cernés, concernés : le nom des conjoints, des enfants, leurs travers, les loisirs. « Hobbies or not to be », je ne me posais plus la question…

J’ai de plus en plus froid et je ne capte toujours pas ce qu’il m’est advenu ; ni radio, ni radar ou sonar, le silence absolu. Suis-je en train de rêver, plutôt de cauchemarder, hors de toute réalité ? Ai-je eu un AVC, un accident d’auto, un incident tout court ? A quarante ans à peine, faudrait ne pas avoir de chance ; une malveillance ?!  Mais, après tout, pourquoi pas… il y a bien une raison à tout cela ?  Je ne me souviens de rien avant que ne m’éclaboussent  les embruns de ce brouillard saumâtre et surglacé dans lequel je m’enfonce, petit à petit, sans rive à accoster. Je suis désespéré mais je m’accroche, comme une moule à son rocher. Il me reste assurément bien des années avant de me rendre, condamné. A dernière analyse, mes heures sont comptées mais, sûr, et sans me démonter, je ne cesserai de lutter. Mon fier navire à la dérive voguera bientôt vers d’autres rivages, je l’envisage. Je hisserai le drapeau noir, à la baille-bye mon désespoir…

Je me tenais là au milieu du cocktail, bien sur moi et surtout dans ma tête ; rien ne pouvait m’atteindre, nous étions entre amis. Amis, peut-être pas, je n’étais dans l’usine que depuis peu de temps, disons plutôt entre collègues. Il existait, certes, quelques tensions après l’annonce du rachat, quelques fortes montées d’adrénaline, des points à bien remettre sur certains « i » mais, à cette heure, pas de quoi vouloir noyer son chat. Demain c’était le week-end, on attendait la grand-messe annoncée, tout le monde était quasi raide-défoncé.

Ah ! Les sourires de façade et les bêtises qu’on sort en ces lieux-là et toutes les fadaises qu’on sert entre les plats… Les lumières tamisées permettaient du reste, gentillets, quelques écarts ; c’était un temps à boire, à draguer et chanter. Quel chantier ! Certains s’étaient arrimés au bar, mal assis mais bien entamés, d’autres déambulaient une bouteille à la main, ce n’était pas très malin tout ce machin, mais bref…cela ne pouvait que m’arranger.

Il y a comme un malaise, une grosse anomalie, ça ne m’arrive jamais ces pertes de mémoire. Je ne relie plus vraiment les fils de ma dernière journée et je m’en retrouve bien désappointé. J’ai des flashs qui, peu à peu, me parviennent. Ça reste malheureusement  très obscur et rebelle à toute compréhension. Je me force à tous les rassembler comme un puzzle géant, un manuscrit codé, dont dépendrait ma vie.  Je m’attache à l’envie de tout rembobiner et de revoir le film de cette drôle de soirée, insisté, résisté, ne pas se résigner. J’ai perdu tout contact et j’ai même l’impression qu’il y a le feu au lac…

J’étais assis près d’Isabelle et de Jérôme, je crois. Les tables étaient posées à même la pelouse dans le parc arboré de la superbe villa de notre ex-PDG. Il s’était éclipsé après un long et ennuyeux discours et nous avait laissé, après de plates excuses, toutes et tous sur notre faim et, sans doute, à contrecoup, sur notre soif… La vodka distillait son effet à doses et marche forcées. Les rires commençaient à fuser, la tension semblait être retombée, tout au moins pour ce soir. Quoique…

Il y avait du bruit, de la musique à fond, des filles et de l’alcool. C’était un vendredi, une petite partie entre collègues de travail. Je me sentais à l’aise, j’avais le jeu en main, ma mission me plaisait et même m’amusait. 

Le savaient-ils ?  J’avoue en avoir quelques fois douté. J’ai toujours su camoufler, depuis l’enfance, et question de survie, mes réelles intentions et sentiments intimes dans une combinaison étanche, tramée avec le temps. J’ai toujours su mener ma barque, en vrai marin d’eau trouble, deux-trois cordes à mon arc, à la va-comme-je-te-pousse, en faisant tous mes trucs en douce… 

Je me perds dans mes contradictions, je mélange tout, je ne sais pas remonter le courant… et surtout appréhender ce qui se passe ici, réellement, tout simplement. Je me sens empêtré dans un fatras d’idées qui me passent par la tête ;  je cherche et je m’entête  J’ai le cerveau comme une bouilloire, me mets la rate au court-bouillon, je me pose bien trop de questions. Et il me reste si peu de temps. Le doute et les secondes s’écoulent irrémédiablement. Comme une mouche dans un évier dont on viendrait de tirer la bonde, je tourne et je retourne sans cesse chaque début d’une queue de solution en retenant  bien ma respiration. J’ai, au fond de moi, l’espoir, peut-être incertain mais s’il n’en restait qu’un,  qu’un miracle fasse soudain surface, et que je retrace enfin l’empreinte étroite de mes pas. Mais rien ne vient… c’est à en pleurer des rivières. Il y a comme un embouteillage, une vanne qui s’est refermée, tout cela va finir, je le sais, je le sens, en eau de boudin…

« Pique et nique et puis chômage,  boucle et lourde, peu importe l’âge »… Les instructions étaient précises, quasi-chirurgicales, il fallait dégraisser, parer au plus pressé, quitte à vider l’organigramme et siphonner même davantage. Seule, le DRH avait été mis au courant. Il serait, confidence pour confidence, mais ne s’en doutait pas encore, dans la toute dernière charrette et je prendrais alors sa place. Hélas pour lui.  Le tout était huilé, les planches bien savonnées, j’en jouissais d’avance. Les petites confidences, les travers de certains, les erreurs d’addition, les addictions, les absences et les petites compromissions, les trop fréquentes petites commissions,  j’étais au fait de tout, un peu le roi du monde. J’avais le doigt posé sur le bouton et n’attendais plus que l’ordre suprême pour agir et tirer les ficelles de ce théâtre de marionnettes disposées à mes pieds. Les cartes étaient posées, la pâte reposait en attendant l’ouverture des fours ; et à chacun son tour…

J’ai un goût amer dans la bouche, je sens bien que je vais échouer mais je dois impérativement essayer de me souvenir, de réveiller, de ranimer en moi le déroulé de cette histoire. J’ai cet aspiration chevillée au corps et, sans me mouiller, j’y crois encore, dur comme fer. « Mais le fer à dix sous »…  et je me surprends à sourire de nouveau. J’ai, sans doute, un court instant,  perdu connaissance mais j’ai conscience de mon état et j’ai cet instinct de vie qui me tient les yeux ouverts. Je dois remonter à la source, vider ma tête de toutes ces incohérences et faire sauter le barrage qui me détourne de toute réalité. Les dés sont jetés. Barre à bâbord, en avant toute, il est grand temps de m’épancher. Sus aux icebergs et hauts récifs, vogue à la mer mon frêle esquif, quel kif…

Le plan était parfait. J’aurais dû, c’est vrai, me poser des questions juste avant de foncer, sans regarder autour. Je n’ai jamais appris à nager sur le dos et je n’ai pas vu l’idiot qui sommeillait en moi. Comment pourrait-on remonter une file de dominos dès le dernier tombé ? Lequel serait alors coupable d’avoir mis le désordre à table ; le premier ou le dernier ?Qui vraiment le saurait ? Et si le dernier ne pouvait plus parler ?La boucle ainsi bouclée se refermerait à tout jamais sur elle-même ; le pousseur, seul,  gagnerait la mise sans peine et sans témoin. Si toute l’affaire avait fuitée, que je me sois fait flouer, pirater parun autremalin en douce ? La douche promettrait d’être froide et l’addition salée. Je serais alors bien mal embarqué, sans bouée ni gilet de sauvetage.

J’ai un peu de mal à respirer, j’ai envie de gerber, de jeter l’ancre, un besoin impérieux de réfléchir, de me poser, mon sang est d’encre. Je tente  en vain de m’exprimer, de m’embarquer mais je m’étrangle et m’étouffe à chaque essai… C’est tout de même étrange cette impression, telle une oppression, je ne l’avais jamais ressentie avant. Mes mots, au goutte à goutte, s’échappent de mon larynx, un embrouillamini de sons, de bruits, de presque rien ou pas grand-chose. Ma voix ricoche dans le vide. Mes phrases s’entrechoquent et s’emmêlent comme des messages dans des bouteilles à la mer, amers J’ai besoin de soutien, d’une aide salutaire, d’un rendez-vous à terre, j’enrage et déglutis. Il faut alerter les pompiers, appeler les hélicoptères, crier au feu, au fou, plus qu’il n’en faut ;  faire sonner le tocsin et hurler les sirènes. Qui me tendra la main ? Police, au secours !

Ils étaient bien trop à l’aise, de vrais poissons dans l’eau, j’aurai du me méfier, modifier mon cap et puis virer de bord, me fondre dans le décor ; une fois encore. Mais aujourd’hui, ras-le bol, j’en avais plus que marre et la coupe était pleine. Je me devais, pour moi, de traverser bourrasques et vents contraires pour mener jusqu’au terme, j’avais le vent en poupe, cette mission ultime.

Il me faut réagir et, quitte à boire le bouillon, de concentrer toute mon énergie sur mes poumons et sur ma gorge et de pousser un grand et ultime cri. Je ferme les yeux et les deux poings, je raidis la tête et mon cou, j’ouvre la bouche comme un damné mais rien n’y fait. Je tousse et je suffoque, je reste muet comme une carpe, tel un poisson rouge faisant des bulles, sans but, dans son aquarium, délirium…

J’avoue avoir tiré ma toute dernière cartouche,  je n’ai plus d’as dans mon jeu, je me retrouve sur la touche, empêché. Je me retrouve le bec dans l’eau ; vendredi, jour du loto, je n’ai même pas coché un seul bon numéro…  Je ne comprends pas ce manque de chance, j’avais pourtant tout pour réussir, tout fait pour y parvenir, j’aurais vendu ma mère, mon corps, mon âme, fait avaler toutes les couleuvres et même changé l’eau en vin pour parfaire mon grand-œuvre ; écœuré, je me hais. 

Elle ne manque vraiment pas d’air la soi-disant bonne fée qui, sur mes fonts baptismaux, au lit de mes tous premiers jours, n’a pu visiblement que m’insuffler   ces talents éventés et ces romances dégoulinantes, à l’eau de rose. Je n’ai jamais été aimé de toute mon existence, balloté de tout côté, de familles d’accueil en écueils, en résistance. J’en ai gardé ce goût de sel dans le cœur et de la pluie rouillant mes yeux. Je conserve, sans doute ainsi, tout au tréfonds de moi, éternel naufragé de la vie, des nœuds de haine envers le monde. Et malgré de très longues et impatientes recherches,  je n’ai jamais su trouver mon ile, ou mon elle, aux trésors…

Les filles me clignaient de l’œil, leurs mâles me tapaient dans le dos, je me suis laissé emporter, grisé. Il y avait toujours un verre à portée de bras-bla et un petit canapé pour faire passer l’ennui, ni vu ni connu, l’embrouille. Et je n’ai rien vu venir, enivrer par le plaisir de plaire et de paraitre, totalement happé par ce tourbillon d’amitiés supposées.  Dupe de la fourberie qui se fomentait dans mes coulisses, -la sentence ayant été prononcée depuis longtemps déjà, je crois-, je me coulais dans cette ambiance charmante et pourtant délétère, pépère… 

C’est comme si on m’avait jeté dans un fossé, sur le bord d’une route. Je moisis à fond de soute ; sonné, complètement siphonné, vidé,  bien en dessous de ma ligne de flottaison. Il ne me reste plus qu’à noyer mon chagrin dans ce crachin non balisé  et à me laisser dériver sans plus rien dire, faire ni refaire, en totale et fatale apnée. Je suis en état de choc, en pleine confusion. Je me regarde voguer au loin, sans gouvernail ni compas, je ne comprends toujours pas. Je tente de faire la planche mais flanche, peu à peu,  sur un océan en furie. Je ne suis plus qu’une épave moite, sans entrave, perdue dans l’immensité bleue d’un azur infini.  Je me sens bien un peu coupable et n’ai rien de vraiment potable à mettre en face pour me sauver, pour raconter et contrer ma propre dérive des sentiments. Quelle habitude désormais dois-je prendre pour me rendre sous ces latitudes désolées ? Comment hisser la grand-voile, seul et sans équipage, et pouvoir viser les étoiles au passage ?

L’abordage fut brutal, rapide et maladroit. Je n’ai pu endiguer que de vagues poussées et me vis submerger par un maelstrom de corps accrochés à mon flan, à mon corps défendant. De cette foule aux abois et écumant de rage je ne pouvais m’attendre, au mieux, qu’à boire le bouillon. Je n’en fus pas troublé, j’étais prêt. Dans mes yeux délavés, mes démons et merveilles, ma vie se défilait en peur et en pleurs ; c’était l’heure.

Je me souviens du poids des mains sur mon visage, du côté inhumain de cette lutte sauvage, en nage. Ils étaient tous vent debout. et moi, à bout. Pas un seul, aucun d’eux, ne m’avaient accordé un instant de partage, oubliant au passage le bénéfice du doute et la dernière bouffée promise au condamné. Je coule inexorablement.  J’étais certes coupable, à leurs yeux tout au moins, mais en venir aux mains les rendait mes semblables. Ils transpiraient la haine et la peur et l’angoisse, tout comme moi, et de ces inconnues, après de froids calculs, se résumait ma place. J’étais, pour le moment, la seule solution de cette triste équation ; entre passion et compassion. Je suis au bout du rouleau, prenant l’eau de tout part. Je me sens affaibli, mon corps se tétanise, je replonge à nouveau. Les lumières s’éteignent et une autre entre en scène, j’ai un pied en enfer. Je me vois me quitter, mon regard s’obscurcit, j’hallucine ; l’horizon s’illumine… j’arrive…

Je ne suis plus qu’un corps au fond de la piscine.

Alain VARLET

One thought on “UNE DROLE DE SOIREE (et un texte étrange!)

  1. Bernard Delmotte 30 janvier 2020 at 16 h 37 min

    Le thème est malheureusement d’actualité. Mais le texte est savoureux par la répétition de certaines sonorités, le contrepoint entre les paraphes en écriture romaine et italique et, encore une fois le suspens…du Hitchcock !

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