Un essai (non terminé encore) sur les TEMPLIERS

VENDREDI TREIZE OCTOBRE 1307

  1. FRERES

Deux cavaliers pour une monture, chevaliers de triste figure,

Sans parure et sans armure, parés pour la grande aventure,

Nous sommes  les frères Templiers, drapés de notre seule épée,

Moines et soldats de bon aloi et fiers banquiers de notre Roi.

Fils des croisades et fils de Dieu,  on nous dit braves et valeureux,

De redoutables bêtes de guerre,  toujours en quête ou mercenaires ;

Et si l’habit ne fait pas le moine, nombreux envient notre patrimoine…

Notre complainte n’est pas feinte ; s’il trouve en Terre Sainte son empreinte,

Le Temple n’a de seule raison que de n’être l’exemple de la  Raison ;

En Galilée, et de guerre lasse,  s’il a trouvé naguère ses traces,

C’est qu’il n’est de vraie religion que celle née de la rébellion.

Nous sommes frères et fiers de l’être, même s’il nous faut bien reconnaitre

Qu’on s’est sans doute un peu perdu sur une route inattendue.

L’exercice de notre foi paraitra chiche quelquefois…

Tous alignés sur la même ligne, désignés par le même signe ;

La croix pattée des Templiers en a appâté des milliers.

On peut pourtant manier les armes  sans pour autant annihiler son âme ;

Vivre sa foi et vivre libre, simple question d’équilibre.

Dans le vieux monde, notre fortune a fait de l’ombre et des rancunes,

Cibles de tous les impossibles, victimes d’un indicible crime,

Je jure ici et sur la Bible que nous sommes frères indivisibles.

  • 2 LE ROI PHILIPPE

Je suis Philippe, fils du Hardi, bien moins terrible que l’on dit.

Un roi de marbre ou roi de fer ; -tant je mens que j’irais en enfer-.

Souvent rigide, parfois sévère et faux monnayeur à mon heure,

Objet de nombreuses polémiques, je suis un sombre politique.

… Le procès

Des Templiers…

Roi de la dévaluation et de la mystification,

J’ai reporté toutes mes carences sur le bon peuple de France.

Jaloux et fou de pouvoir mais Roi dépourvu d’à-valoir,

En faisant vaciller le temple, j’ai signé ma mort, il me semble.

… Le doux baiser

Des Templiers…

Avec mon âme damnée, Sire Guillaume de Nogaret,

Je me suis souvent égaré en procédures et en procès.

Très entouré de mes légistes, j’en ai mis beaucoup sur ma liste :

Les lombards et puis les juifs, les pauvres mais aussi les riches,

… Sans oublier

Les Templiers…

En brouille avec notre église,  j’ai magouillé pour que se glisse

En un palais en Avignon, Clément, le Pape, mon mignon.

J’ai cumulé moult impôts, chargé les mulets plein leur dos,

Centraliser les décisions et éviter toutes les scissions. 

Vassaux, baillis et sénéchaux, tous ralliés dessous mon sceau

N’ont pas failli à leur mission, mes ennemis sont en prison.

… Et c’en est fait

Les Templiers…

J’ai voulu faire ici ma place, comme mes pairs laisser ma trace,

Faire une affaire de ma vie,  moi, petit-fils de Saint Louis.

Je n’en ai sans doute pas l’étoffe, la banqueroute au cul des coffres,

Mais qu’importe, j’aurai agi d’une main forte, d’anthologie.

… Et supplanté

Les Templiers …

Il me reste fort peu d’années et à mon sort suis condamné,

Leur sentence me poursuit, la vengeance est à ce prix.

Blessé lors d’une partie de chasse,  la voix bloquée dans ma carcasse,

Ils m’ont ainsi bien empêché de confesser tous mes péchés.

… Le pied de nez

Des Templiers…

  • 3 VENDREDI TREIZE

Le 13 octobre 1307, jour de l’opprobre et de tempête ;

Les missives l’avaient prédit : grande lessive à Paris !

Dans le vacarme, au cœur du temple, les gens d’armes nous rassemblent,

Nous voici pieds et poings liés, et c’en est fait des Templiers.

Le Roi a ourdi le procès et les on-dit  ont fait le reste,

Nos vies rejetées au fossé et on nous fuit comme la peste.

Vendredi treize, vendredi noir,

Une ombre pèse sur notre histoire.

Vendredi treize,  ventre-saint-gris,

Ne m’en déplaise,  tout est écrit !

Vendredi treize, vendredi noir,

Simple hypothèse de départ…

Ou parenthèse de l’Histoire ?

VENDREDI TREIZE,  VENDREDI NOIR !

Un jour maudit, un vendredi ;  jour du poisson…  et  du poison !

Hantés par nos belles richesses,  qu’elles soient vantées ou bien réelles,

Gênés sans doute aux entournures dans un manteau trop grand, pour sûr !,

Il a décidé d’en finir…  avec l’idée de s’enrichir.

Ils seront tous bien déçus, ne devront pas compter dessus,

Notre or ne se dit pas en pièces et si l’on doit passer en caisse,

Le trésor sera toujours là, planqué tout aux tréfonds de moi.

Vendredi treize, vendredi noir,

Une ombre pèse sur notre histoire.

Vendredi treize,  ventre-saint-gris,

Ne m’en déplaise,  tout est écrit !

Vendredi treize, vendredi noir,

Simple hypothèse de départ…

Ou parenthèse de l’Histoire ?

VENDREDI TREIZE,  VENDREDI NOIR !

Le 13 octobre, vendredi noir, personne ne gobera l’histoire,

Tout est cousu de longs fils blancs, malentendus et faux semblants…

Dans les crochets de l’infamie, le procès est déjà écrit,

Les attendus inattendus ; Seigneur Jésus, tout est perdu !

J’avouerai tout, peut-être, sans doute, je pourrais être mis en déroute,

Sans l’assistance de mon Dieu, mon existence mise au feu.

Vendredi treize, vendredi noir,

Une ombre pèse sur notre histoire.

Vendredi treize,  ventre-saint-gris,

Ne m’en déplaise,  tout est écrit !

Vendredi treize, vendredi noir,

Simple hypothèse de départ…

Ou parenthèse de l’Histoire ?

VENDREDI TREIZE,  VENDREDI NOIR !

  • 4 LE BUCHER

Souvenir de vendredi  treize, dans la tourmente et sur les braises,

Sans me soumettre, j’ai dû plier, moi, le Grand Maitre des Templiers.

La foule était noire sur la place, dans les mémoires reste la trace

De l’indicible prémonition d’une terrible malédiction.

Je me nomme Jacques de Molay, comme bientôt Jeanne, immolé,

Le monde s’en est indigné, marquant ainsi bien la lignée…

Dans la fumée, au sein des flammes, je prie mon Dieu et pour mon âme,

Mais c’est la rage au fond du cœur qui surnage ici sur la peur.

-Maudits, vous serez tous maudits jusqu’à la treizième génération !-

Dans les palais et les taudis court le vent de la rébellion ;

Le monde est en évolution, et gronde la révolution ;

Bientôt le siècle des lumières, une nouvelle ère pour la Terre…

J’ai renié ma foi et repris mes aveux,

Ça compte quelque fois dans le regard de Dieu…

Torturé par les fers, l’eau, le feu et bien pire,

J’ai vécu les enfers bien avant de mourir.

Philippe, Guillaume, Clément aussi,  veuillez plier genoux ici,

Vos ombres ne survivront  point à notre si sombre destin.

Et vos familles, des cents, des mille, sont déjà mises sur ma liste.

Vous en conjure, repentez-vous ; je vous donne ici rendez-vous.

Dessous manteaux, en souterrain,  des idéaux font leur chemin,

Nous survivrons en clandestins pour mener notre grand dessein.

C’est plus qu’un esprit de vengeance,  que le mépris de votre engeance,

Et c’est la rage au fond du cœur qui surnage ici sur la peur.

Nous sommes menés au bûcher sans avoir même trébuché,

Et sans remords, nos aveux arrachés à nos corps déchirés.

La Sainte Inquisition est-elle aux fins de la question ?

Elle, qui  bientôt devra répondre sitôt que le Roi ne sombre…

Dans ce désordre, et sans démordre, il faut ici mettre de l’ordre,

Qui est capable, même aujourd’hui, de dire -coupable-  sans contredit ?

Après un procès inique, unique dans les temps passés,

Notre histoire ne fait que commencer, notre gloire viendra tout compenser.

  • 5 JERUSALEM

Comme c’est loin, Jérusalem,

En verra-t-on jamais le terme ?

Comme un chagrin, Jérusalem,

Un jour sans fin ou un blasphème…

Un millénaire devra passer pour que la terre vive en paix ;

Les infidèles et les croisés n’ont pas matière à pavoiser,

En combattant pour un emblème, en omettant le mot-je t’aime-,

Pour un croissant, pour une croix, des flots de sang pour une foi…

JERUSALEM !

Comme c’est loin, Jérusalem,

En verra-t-on jamais le terme ?

Comme un chagrin, Jérusalem,

Un jour sans fin ou un blasphème…

Le Mont du Temple couronné sera, me semble, vite oublié ;

Tous ces combats et tous ces morts, tous les débats et des remords

 Seront murmures et délations  sur le mur des lamentations.

On ne sait plus pourquoi on lutte, pour le Sépulcre, une cause juste ?

On connait mieux ses ennemis que ses amis à demi ;

Entre bravoure et bravade, on vit d’amour pour la croisade

Et on repart vite au combat prendre la part des Judas.

Pour un croissant, pour une croix, des flots de sang pour une foi…

JERUSALEM !

Comme c’est loin, Jérusalem,

En verra-t-on jamais le terme ?

Comme un chagrin, Jérusalem,

Un jour sans fin ou un blasphème…

JERUSALEM ! JERUSALEM !

  • 6 LE GRAAL ET LE BAPHOMET

On nous pare de péchés, de félonie et de secrets,

De stratégies très bien rodées, de manuscrits  à décoder…

On parle de nous, à pas feutrés,  en calomnie  ou en rejet,

Mais c’est toujours, à chaque fois, que se fait jour notre humble foi.

Le BAPHOMET et le SAINT GRAAL ont bafoué notre idéal,

Ils ont jeté un pont bancal entre le Bien et le Mal.

C’est une curieuse alchimie qu’ont réussie nos ennemis,

Nous  sommes  damnés et condamnés malgré le nombre des années.

Ce mauvais rôle nous énerve,  jamais idole ne vénère ;

Ils ont classé l’ésotérisme entre réseau et érotisme …

L’amour d’un Dieu vaut faible somme dans le cœur odieux des hommes ;

Si la haine tue parfois, elle ne se gêne pas de tuer par foi.

Dans les règles qui nous régissent ne règne pas l’idée de vice

Et si nous avions des secrets, nous ne cachions rien de sacré.

Le procès ne fut qu’un prétexte, le vrai ne se lit dans les textes,

Tout est faux et fomenté, commenté pour être condamné.

Jetés dans cette frénésie d’un faux-procès en hérésie,

Excommuniés bien avec l’heure par des menteurs et recéleurs,

C’est sans aucune cérémonie qu’on jugea notre hégémonie.

Le BAPHOMET et le SAINT GRAAL ont bafoué notre idéal.

  • 7 LE TRESOR

Beaucoup en ont noirci des pages, tiré des films, des tas d’images,

Mais personne ne sait vraiment… Notre or agit comme un aimant !

Le trésor gît il à GISORS, à ARGINY, plus près encore ;

Est-il parti en bateau, ou à RENNES LE CHATEAU ?

Trop de mystères, tant de secrets cachés derrière,

De vieux grimoires et de hauts-lieux chargés d’histoire…

La clef est-elle sur du papier, gravée sur des murs effondrés

Ou partie, -drame !-, en fumée dans les flammes du bûcher ?

Certains de vous en font leur quête. Que trouver au bout de l’enquête ?

On ouvre une porte, on prend perpète ;  qu’importe ce qu’on trouve en fait.

Alain VARLET

One thought on “Un essai (non terminé encore) sur les TEMPLIERS

  1. Bernard Delmotte 10 février 2020 at 9 h 12 min

    Voilà une bien belle fresque poético-historique sur le dernier maître des Templiers, ses idéaux, sa fin tragique sur les actions conjuguées du roi et du pape…Bravo. Cela nous incite à revisiter (ou visiter) cette tranche de notre histoire.

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